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23 juillet 2015

Délit de sale gueule ?

Lou Doillon, la fille de Jacques Doillon et de Jane Birkin, la soeur de Charlotte Gainsbourg et de la défunte Kate Berry s’est lâchée sur sa famille, la pop culture et sa vision du féminisme dans le magazine du célèbre quotidien espagnol El Pais, S Moda. Une interview retranscrite en espagnol , bien sûr, qui fait le tour des réseaux sociaux. Il faut noter que la brindille fait également la promotion de son nouvel album : Lay Low, qui prouve encore une fois que la pomme ne tombe jamais loin du pommier !

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Tout le monde veut la peau de la Doillon et certains avancent de nombreux arguments pour lui en vouloir réellement. Slate ne se mouille même pas les mains et fait appel à une blogueuse hargneuse en phase avec sa négritude prête à partager son mal être intitulé Emancipation balisée. C’est vrai, s’en prendre à Beyoncé n’a pas été la chose la plus maligne de sa carrière , hé les Behives sont féroces, mais ce n’est pas pour autant qu’elle a tort. Beyoncé, Nicki Minaj et Kim Kardashian sont à l’apogée de leurs carrières respectives. Impossible de ne pas les rater, ce sont les cas de pop-féminisme les plus médiatiques !

Ce qui m’exaspère, c’est la vitesse du lynchage sur les réseaux sociaux et surtout sa mesquinerie. Lou Doillon est devenue l’ennemi numéro 1 et toutes ses photos de nus ont été étalées sur la toile pour la punir d’avoir critiqué les reines du divertissement mondial. Au fond, à en entendre certaines, elle serait juste jalouse de nos corps, de notre sensualité et de notre trop-plein de mélanine. Soyons sérieux, juste deux secondes, voir Beyoncé se déhancher en transe en string et Nicki mimait le serpent ne sont que l’expression de leur business et rien de plus.

Les médias français s’en frottent les mains, oubliant qu’ils sont les premiers véhicules de la boboïsation parisienne et de la beauté occidentale dont Lou fait indéniablement partie. Libération s’en mêle les pinceaux et titre fort Lou Doillon, féministe des beaux quartiers afin d’essayer de s’adapter avec (beaucoup !) naturel à sa nouvelle cible acquise suite à son partenariat avec la réalisatrice du documentaire Trop noire pour être française ? d’Isabelle Boni-Claverie. Comme si, on l’avait pas vu venir ! Puis au tour de Nadège Abomangoli, vice-présidente du Conseil Départemental de Seine Saint Denis, de nous refaire l’histoire de l’esclavage à l’américaine et de sortir son blablabla sociologique dans Cachez ces fesses noires que je ne saurais voir : j’écoute Beyoncé et je lis Frantz Fanon.

Le « féminisme des beaux quartiers » à encore de belles années devant lui et l’afro-féminisme intolérant continue son chemin dans le même sillage. L’agacement vis-à-vis de ces pop stars ne doit pas être l’apanage d’un seul groupe. La démonstration du pouvoir à travers la sexualité féminine est devenue tellement commune, faut le dire. Oui, elles sont parfois vulgaires, dois-je être condamnée pour l’avoir pensé ou ai-je le droit de le dire parce que je suis noire ?! Je commence à croire que tout est bon pour faire entendre sa voix même si, pour cela, il faille être raciste à son tour. Triste réalité !

Ce dont on parle peu, c’est l’impact et surtout l’influence que ces femmes ont sur la représentation de la femme dans les médias. J’arrive à faire la différence entre le on stage, le backstage et la profusion de greffes de fesses gros comme une maison sans grand souci. Les combinaisons à paillettes sont, à mes yeux, juste des artifices scéniques mais en vrai, nous croisons toutes celles qui ne font pas cette différence dans le métro, sur Instagram et dans les soirées bien arrosées, croyant dur comme fer que ces attributs sont un gage de succès. Je ne suis pas contre un remuage de postérieur de temps en temps mais associer cela à une philosophie me laisse perplexe.

Quel est le péché de Lou ? D’être blanche, frêle et bien née ? En tant que femme noire, je ne vois rien d’abject aux propos de Lou déblatérés dans un magazine anonyme depuis lors dans l’hexagone. Elle a donné un avis, un point de vue de femme que beaucoup partagent. La pop actuelle est effectivement saturée de nudité, de sexualité et de subjectivité à outrance qui devrait mettre toutes les femmes quelque soit leur couleur de peau, leur origine, leur condition sociale et économique en colère.

Je suis certaine que celles qui cherchent le buzz via les déclarations de Lou Doillon sont les premières à éloigner leurs enfants des clips de Drunk in Love de Beyoncé et de son mari Jay-Z et du fameux Anaconda de Nicki Minaj entre autres. L’observation de la dégradation médiatique de la femme noire devrait-elle avoir une seule couleur et unique voix ? Lou a autant le droit d’être scandalisé en tant qu’individu que moi, que vous et que nous tous. Lou, victime de racisme anti-blanc ? Ce serait peut-être trop marrant même pour moi mais au vu des faits, c’est effectivement le cas !

Manda
3 juillet 2015

Misty Copeland, les pointes de la détermination

Misty Copeland entre dans l’histoire. A 32 ans, l’Afro-américaine est l’une des rares femmes noires à devenir danseuse étoile à la prestigieuse American Ballet Theatre de New York. Une consécration pour celle qui a commencé cette discipline à l’âge de 13 ans, bien trop tard, et dont les formes sont loin d’être conventionnelles. Misty a réalisé son rêve, médiatisé son art et ouvert la porte à de nombreux jeunes gens issus d’un milieu chaotique comme le sien. Intronisée par le Time Magazine en mai dernier, la danse classique a désormais sa pop star et elle porte le nom de Misty Copeland.

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L’histoire de Misty Copeland est intéressante pour plusieurs raisons : sa dynamique familiale plutôt hostile et l’univers impitoyable du ballet. Black Swan, le film primé aux Oscars, de Daren Aronofsky a mis en lumière les sacrifices et les travers de cette discipline élitiste. Grazia se permet même un jeu de mots en titrant Misty Copeland, le Black Swan de la danse classique, c’est elle et Le Point peu ingénieux sur le coup, copie à quelques mots près : Misty Copeland, le vrai Black Swan de la danse américaine. Le terme « Black » ici fait référence à sa couleur de peau et non pas au fameux Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Son livre Life in Motion : An Unlikely Ballerina relate avec précision le parcours de celle que rien ne prédestinait à la danse classique.

J’ai fait la découverte de Misty Copeland grâce à la vidéo promotionnelle Under Armour.  J’ai été subjuguée par la perfection de son corps et du discours antinomique de la voix-off. Misty Copeland est aussi transversale qu’humaine et son parcours en est la parfaite illustration. De la discrimination à la promotion de danseuse étoile au sein de la compagnie la plus exigeante du monde, Misty incarne le rêve noir américain. A une époque où l’Amérique ne croit plus en rien. Où être rappeur, vixen ou encore mort est synonyme d’ascension sociale, Copeland redéfinit les règles de race, de classe et de courbes. The Telegraph a titré juste.

Cette séparation qui existe entre les noirs et les blancs est omniprésente aux Etats-Unis. La ségrégation la plus insidieuse n’est pas celle qui a été aboli de manière physique. Le combat réel se trouve dans nos têtes. Les murs élevés de la ségrégation, de l’incapacité et de l’oppression sont bien réels. Bizarrement, les enfants à un certain âge veulent tous faire la même chose : policier, danseuse, avocat ou docteur. C’est en grandissant que les choses se corsent. Confrontés à cette ségrégation mentale, ils s’exclut eux-mêmes de ces trajectoires par manque de moyen, opacité de l’environnement et/ou mimétisme. Le fameux « c’est un truc de white » devient l’arbre qui cache la forêt de la séparation raciale, sociale, économique et géographique.

Puis soyons honnêtes, la danse classique, l’équitation et le tennis sont souvent perçus comme des disciplines de blancs. Il suffit de regarder Black Swan pour comprendre à quel point ces « blanches » sont prêtes à tout. Il n’y a rien de sexy, les corps sont presque pubères et la musique manque de swing. Aujourd’hui, le discours change. A l’instar de Serena Williams, le combat se transpose désormais sur la tribune politique et sociale. Changer le regard, élargir le champ de vision et apporter de nouvelles perspectives est la meilleure solution à apporter à cette jeunesse afro-américaine qui se meurt.

A force de travail et de détermination, Copeland marque son territoire. Une présence qui ne passe plus inaperçue dans ses ensembles homogènes. Dotée d’un regard franc dénué de crainte, Misty manie ses pointes comme des lames. Loin du cliché de la ballerine rachitique, elle impose son style de guerrière dans les plus hautes sphères de la danse classique mondiale. Une ascension heurtée par les stéréotypes et les questionnements donc une ascension d’autant plus méritée. Misty Copeland a mis sur le devant de la scène son art et bousculé les diktats de manière significative. La danseuse étoile noire brille déjà de mille feux et ouvre grandement la porte à celles et ceux qui veulent marcher sur ses pas !

Manda
18 juin 2015

Monsieur Madame

Zoë Saldana est à la Une d’Instyle magazine de juillet. Une couverture plutôt jolie, estivale et banale. Après son mariage et l’accouchement de ses jumeaux, l’actrice autrefois chétive, nous revient plutôt en forme. Au fond, c’est son actualité personnelle qui est plus qu’intéressante. Zoë livre une nouvelle qui laisse les magazines féminins et les réseaux sociaux sur les fesses. Qui a dit que c’était uniquement le monopole de la femme de prendre le nom de son partenaire ? Chez les Saldana, c’est le mari qui change le sien.

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Zoë Saldana, joue souvent le rôle de la bombe qui sait manier les armes dans les films d’action. Elle est à la fois sage et déterminée, fine et forte et naturelle et sophistiquée. Elle ne passe pas inaperçue dans l’équipe de choc de L’Oréal. Pas étonnant car la Dominicaine a un teint magnifique. C’est un peu la noire latina par excellence. Hormis ses talents d’actrice et son super physique, la vraie question que je me pose, c’est comment elle a pu rendre un mec trop in love pour qu’il est eut envie de prendre son nom pour la vie ?

C’est un truc de dingue. J’aimerais savoir qu’elle est la recette magique de Zoë. Il semblerait qu’elle l’en aurait dissuadé, en plus. Celle qui n’a jamais caché ses déboires amoureux et réellement tombée sur une perle. Le Marco en question, est tellement amoureux qu’il souhaite porter le nom de sa femme. Je ne sais pas si je dirai oui à ce genre de proposition mais je serai flattée à vie ! En plus Marco ça sonne grave macho italien. Genre, le mec, le vrai, avec plein de poils et tout. Ben, non, Marco, lui s’en fout des qu’en-dira-on et embrasse avec passion le patronyme de sa chérie. C’est réellement une preuve d’amour. Selon l’article de Madame Figaro, dans les faits, ce n’est pas un truc qui se généralise vraiment.

En tant que femmes, nous sommes habituées au changement. Nous trainons constamment notre statut amoureux comme une pancarte. Un monsieur reste monsieur pour la vie, nous, nous savons qu’un jour où l’autre nous délesterons le nom de papa pour emprunter celui de hubby. Et à chaque fois, qu’un nouveau copain ou époux potentiel apparaît dans nos vies, nous essayons de voir comment cela sonnera avec notre prénom. Amanda Tsonga, je trouve ça pas mal, non ?! Souvent on se persuade que ça sonne bien, même si au fond, le nom est pourri, tout comme le gars d’ailleurs. Je ne me suis pas encore faite au fameux « madame » obligatoire. Je trouvais le terme « mademoiselle » sympa mais dépassé un certain âge, assez péjoratif. Blague à part, c’est le seul schéma que nous connaissions : le patriarcat.

Je me suis souvent posée la question de si oui ou non je prendrai le nom de mon conjoint pour des raisons professionnelles. J’avais plutôt opté de garder le mien et de prendre le sien. Une solution qui se généralise de nos jours… pour les femmes. C’est une réelle question. Je crois que les féministes vont s’emparer du truc pour en faire une revendication sur l’égalité des sexes. Pour ma part, je ne vois aucune objection à ce que je porte son nom alors pourquoi aurait-il un problème à porter le mien ? Pour être honnête, je crois que tout est question un choix ! Je ne crois pas que Marco doive se sentir émasculé parce qu’il porte le nom de sa femme. Au contraire, c’est une forme d’expression de sa confiance en lui.

La vraie interrogation n’est pas de savoir qui emprunte le nom de qui mais la raison qui le pousse à le faire. Nous sommes parfois plus attachés à des appellations qu’à leurs réelles significations. J’aime l’idée que cela se fasse naturellement. Dans une société où l’homme n’a plus vraiment sa place, il est devenu difficile de lui imposer une quelconque idée de modernité. Ben, ouais, ça fait peur ! Il a besoin d’avoir sa place et si cela résume à un nom, je comprends. Je pencherai, moi, pour la tradition, par simplicité et amour. Le couple Saldana, lui, n’a pas l’air de vouloir se casser la tête et c’est peut-être ça, le coté le plus cool de leur relation. Aujourd’hui, il portera son nom et demain, elle, le sien. Est-ce un problème ? Non, tant que ça les rend heureux, pourquoi pas !

Manda
28 mai 2015

Bitch better have my money

Les clichés de la campagne Dior avec sa nouvelle égérie, Rihanna, sont sortis et ils sont sublimes. Rihanna nous prouve encore une fois qu’elle est photogénique et très charismatique. La Barbadienne incarne à merveille, cette idée de luxe et de luxure propre à la griffe française et y apporte du caractère. Franchement rien à dire cependant Dior n’est pas le seul à miser sur ces chanteuses-muses qui savent singulièrement interpréter un univers. Cavalli, Givenchy, Balmain, DKNY, Alexander Wang, Burberry sont, en façade, les grands champions en matière de diversité mais derrière le papier glacé la diversité est tout autre…

Dior a fait un choix judicieux, Rihanna est l’égérie parfaite pour permettre à la marque de faire son en entrée dans une nouvelle ère. Alice Pfeiffer, journaliste pour les Inrocks, énumère avec justesse, dans son papier Rihanna, égérie Dior, les raisons qui font de cette jeune femme la muse des temps modernes. Le directeur artistique Raf Simmons jouit de cette dernière pour « repositionner la marque » et se débarrasser sortir de son côté hollywoodien cul cul hors d’atteinte, tout en lui concédant ce cachet ultra-sexy, voire félin de » son illustre prédécesseur John Galliano, connu pour ses coupes over the top et utraféminines ».

Rihanna a ce don naturel pour incorporer la dose exacte de cool, de rebel attitude et de la désinvolture dans toutes ses campagnes promotionnelles. Un sex appeal qui n’avait pas laissé indemne le jeune styliste, Olivier Rousteing, à la tête de l’illustre label parisien Balmain en 2013. Partout où son minois est immortalisé, il crée l’euphorie car, il est à la fois provocateur et gentil, sexy et innocent, libre mais toujours un peu soumis et street tout en étant haute couture. Haute couture ou high street, elle ne déçoit jamais. Une « valeur monétaire lisible internationalement », c’est au fond tout ce qu’elle est, un condensé de ce que le net sait faire de mieux, le buzz.

Dior est bien la dernière marque à mettre en avant une jeune femme noire et c’est sans nous déplaire. Dans une communauté où il n’est pas rare de croiser des enfants portant le nom de la griffe française, il était plus que normal que l’association voit enfin le jour. Beaucoup de marques se sont engouffrées dans la brèche, aussi bien en terme de diversité de carnation que de morphologies. La griffe italienne Roberto Cavalli se distingue clairement. Faisant régulièrement appel à des artistes issus de la musique noire : Nick Minaj pour la saison printemps-été 2015 et la dernière en lice pour cette saison automne-hiver 2015, Ciara, Cavalli affiche de la couleur sans complexe.

Alice ajoute, « Rihanna est plus qu’une personne, elle est un signifiant, une valeur indicative de la direction que veut prendre la maison qui l’embauche », la lecture de cette phrase m’a beaucoup frustré et me frustre encore. C’est génial que Dior prenne la décision de changer de trajectoire, de s’ouvrir à la pop culture et de vouloir lui donner le privilège d’incarner les nouvelles valeurs de la marque. Le premier visage noir a vu le jour en 2015, c’est surréaliste. Cela veut dire qu’avant ça, il s’en foutait royalement. Stratégie et néo-colonialisme assumé !

Fashion Daily Bomb fait une rétrospective et félicite ce revers mais reste tout de même sceptique. Le post 6 High Fashion Brands That Champion Diversity : Givenchy, Roberto Cavalli, Balmain and More !, 6 grandes marques championnes de la diversité : Givenchy, Roberto Cavalli, Balmain et plus ! répertorie les marques ayant choisi de tabler sur des mannequins de couleurs. Claire Sulmers, la rédactrice en chef du célèbre blog, reste lucide et un brin prudente, tout en s’interrogeant sur la décision tardive de la maison française sans nier la justesse du choix et sur les motivations de ses maisons de luxe.

Rihanna, Naomi Campbell, Ciara, Jourdan Dunn et ses collègues sont encore à compter sur les doigts de la main mais comme le dit Claire Sulmers : « Quand j’ai commencé à bloguer en 2006, voir une femme de couleur sur une campagne publicitaire majeure ou dans un magazine était d’une rareté. Maintenant, il semble que l’industrie de la mode change dans le bon sens, et honnêtement c’est rafraîchissant ! Je sais que nous avons souvent ce débat sur là où nous devrions dépenser notre argent et de soutenir les marques qui représentent des femmes comme nous « .

L’industrie de la mode a besoin de blé et s’il fallait mettre des hippopotames en cuissardes, ils le feraient. Créer ce semblant de d’accessibilité les arrange amplement et les médias féminins suivent le pas, Instagram, oui surtout, sert à sa promotion. Vendre du luxe ou une idée de luxe à l’européenne à une communauté noire qui n’hésite pas à mettre le prix, c’est tout benef’. De toute manière avec ou sans modèle, ils achètent, ils ont toujours été de bons clients. Au fond, nous nous contentons désormais d’être une image et peut-être que dans 20 ans, des marques africaines et afro seront sur les podiums des Fashion Week de Paris, Milan, New York et Londres. Encore, un peu de patience…

Manda