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6 novembre 2014

Le miroir aux alouettes

Dans son dossier intitulé Woman of the Year 2014 : Strong. Smart. And Changing YOUR World du Glamour US du mois de décembre, la rédactrice en chef, Cindi Leive honore les femmes qui ont marqué l’année. L’actrice, réalisatrice et bête de mode Lupita Nyong’o est naturellement en couverture. Des noms prestigieux s’y côtoient comme Chelsea Clinton, Mindy Kaling, Natalia Vodianova et le plus surprenant de tous : Laverne Cox. A l’instar du Times, V Magazine, Essence Magazine et ses autres homologues, Cindi Leive considère que la star d’Orange Is The New Black a tout à fait sa place dans les pages de son magazine en tant que porte-parole attitré de la cause transgenre et surtout en tant que femme. Cindy Leive marque le ton : 2015 sera transgenre ou ne sera pas !

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Il est très difficile de parler de transsexualité sans se heurter à l’histoire des l’individus qui se cachent derrière ce mot. Ce serait maladroit d’occulter le fait qu’il y réside une réelle souffrance et une grande incompréhension de notre part. C’est un terme qui fout la frousse tant il nous ramène à notre propre identité et au trouble qu’il peut en résulter. Cependant le désir de vouloir s’échapper de son genre ne fait pas de notre appartenance génétique un mensonge. Aussi attachant qu’il puisse être, Laverne Cox ne peut pas duper l’ADN et ça se voit à la taille de ses panards. Désolée d’aller à l’encontre du message dans l’air du temps et de son témoignage boulversant mais Laverne Cox n’est pas une femme !

Pourtant Glamour Magazine, Times et toutes les publications du monde insinuent qu’il est tout à fait possible d’interchanger les genres en réduisant la féminité à des attributs extérieurs tels qu’un maquillage impeccable, une chevelure brillante, une manucure parfaite, une paire de stilettos et une robe fendue. Ca marche aussi pour le cas inverse. Le révolution est en marche et l’ambiguité se précise avec glam et sapes de créateurs ! Les réfractaires à cette pensée unique sont et seront davantage perçus comme des bouffons peu enclin à vouloir accepter la modernité.

Quelle modernité ? Cette mutilation moderne que l’on surnomme réassignation sexuelle, considérée comme le passage ultime vers le statut de femme. En clair, se scier la biloute et gober des pillules ne fait pas d’un mec une femme même s’il est plus bonne que la plus bonne de mes copines. Il n’existe pas d’homme avec un vagin fonctionnel. Ca n’a jamais existé et ça n’existera jamais. En embrassant cette illusion nous nous désengageons de notre propre féminité. Etre femme n’est pas un concept mainstream, une tendance et ne se matérialise pas par le biais d’une opération chirurgicale.

On nous rabâche sans cesse la fameuse citation de Simone de Beauvoir – On ne naît pas femme, on le devient – pour légitimer ce nouveau phénomène médiatique. Clairement, c’est se foutre de ma féminité et de toutes celles qui souffrent pour ce qu’elles sont. Je ne sais pas à qui ont été destinés les mots de Simone mais je tends à croire qu’elle n’avait aucunement l’intention d’être la figure de proue de cette supercherie pop, de cette blague internationale. Pourquoi sommes-nous incapables d’être ce que nous sommes dans la limite de ce que nous sommes ! 

En réalité, je suis convaincue qu’elle s’attaquait de manière frontale à ce rôle féminin imposé par l’homme traditionnel, le macho de base. Ce rôle les invitant à croire qu’il existe une façon spécifique de faire la conversation, de rire, de marcher et voire même d’aimer propre au sexe féminin. Aujourd’hui, la mode et les médias se sont empressés de prendre le flambeau et de donner le ton. Une comédie montée de toutes pièces dont les générations futures seront les grandes victimes. Rien n’est plus difficile que de regarder son reflet dans un miroir aux alouettes !

Alors pourquoi l’industrie de la mode, si intelligente, n’arrive-t-elle pas à comprendre qu’il existe une différence intrinsèque entre « nature » et « culture » ? Parce qu’elle est perpétuellement à la recherche de sang neuf, de phénomène. La presse s’amuse-t-elle à nous faire croire que les lignes sont plus floues qu’elles ne le sont déjà ? Oui, avec aisance. Nous prend-elle pour de vrai(es)s imbéciles ? Je crois et ce malgré le fait qu’un lion a beau vouloir devenir un oiseau, cela ne fera pas de lui un oiseau parce qu’il le désire tant, non ?!

Manda
30 octobre 2014

That B**** stole my style !

Faut pas se mentir, toutes les couvertures sont dans un mode rébarbatif à outrance. Des têtes et des corps similaires, sans trop de suspense d’ailleurs, squattent l’affiche mais ça, ce n’est pas la réalité. En tout cas, pas la mienne ! Pour les 16 ans de la version mexicaine de Glamour Magazine, la rédactrice en chef a fait un truc surprenant, à défaut de mettre en couverture une actrice de telenovela refaite de partout avec l’argent des cartels, Lucy Lara a fait appel à la plus excentrique et sympatoche des animatrices : Kelly Osbourne

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J’ai failli passer à côté de la plus belle couverture du mois d’octobre 2014. Kelly Osbourne est juste sublime, son maquillage est à la pointe, ses cheveux violets sont parfaits et sa robe est une tuerie. Quand, j’ai vu cette couverture, je me suis dit « ça aurait pu être moi », en fait non, ça aurait être n’importe qui. C’est l’effet Kelly Osbourne, on a juste l’impression qu’elle est une copine tellement elle est vraie. Le behind the scenes est trop émouvant. Rien ne semble contrefait car son témoignage est juste ainsi que dans l’exposé des leçons que la vie lui a offertes !

Je me souviens d’elle et de sa télé-réalité sombre, de sa perte de poids extra-ordinaire, de sa reprise de poids extra-ordinaire et de ses nombreux allers-retours en cure de désintoxication cependant depuis de sa participation récurrente en 2010 à l’émission Fashion Police diffusée sur E! Entertainment, elle s’est muée de fille de rockeurs britanniques sur le départ en référence modesque redonnant foi à toutes les boulottes (… et pas que !) de la planète qui se retrouvent en elle sans grande difficulté.

Kelly n’a jamais caché son parcours semé de burgers, de psychotiques & psychotropes, de rock, de beuverie et surtout de son incommodité à peine dissimulée à vivre dans sa propre peau. Souvent reléguée au second-plan par ses potes It girl encensées par les marques pour leurs physiques, elle était juste la pote un peu grosse et marrante de toutes celles qui n’ont duré que le temps d’une saison. A défaut de pouvoir vendre sa silhouette imparfaite, sa coupe singulière, sa personnalité et son sens inimitable du style ont su trouver son public. Et aujourd’hui, Kelly est l’une des rares anglaises à cartonner outre-atlantique et ses copines It girls, elles sont où ?!

Ebahie par ses combinaisons d’imprimés improbables, sa collection de fringues Stories by Kelly Osbourne sortie en fin septembre dernier raconte une tout autre histoire, celle de la quintessence de son individualité propre en tant que créatrice et leader d’opinion. A l’heure où toutes les célébrités font des lignes de fringues alors qu’elles ne savent pas se saper de manière décente, Kelly tire son épingle du jeu en créant des ensembles fous et classes adaptés à toutes les silhouettes même les plus pulpeuses (… pour ne pas dire pour les obèses !) pas encore disponible en France, on s’en serait douté !

La chaine de divertissement et de télé-réalité de luxe, surfant sur cette vague d’actualité fraîches, ne souhaite pas arrêter la diffusion de Fashion Police. Oui, c’est assez difficile à admettre mais Fashion Police se fait sans Joan Rivers. Convaincue que Rivers a su, avec l’humour et l’humanité qui l’a caractérisée, transmettre les outils et le savoir-faire nécessaires qui permettront à Kelly Osbourne d’être une personnalité remarquable car elle a les épaules assez larges pour succéder à celle qui a fait du bitching une profession à part entière. 

Manda
19 octobre 2014

Génération scandaleuse

En couverture du Hollywood Reporter du mois d’octobre, Shonda Rhimes, la réalisatrice, scénariste et productrice se la raconte un peu. Son actualité ne cesse d’enfler avec la venue de son nouveau bébé, How To Get Away With Murder mettant en scène une Viola Davis (La Couleur des Sentiments, Antwone Fischer…) dans un registre plus sexy tu meurs. Malgré ce tintamarre médiatique inutile autour de la capacité ou non de Viola Davis à ne jouer que des rôles dramatiques, Shonda Rhimes, 44 ans, continue son chemin en toute tranquilité et nous promet de squatter le petit écran, et plus encore avec une 11ème saison et peut-être même une 12ème pour Grey’s Anatomy, une 4ème saison attendue de Scandal, une introduction badass de How To Get Away With Murder encore inédite en France et la sortie prévue en 2015 d’un livre mi-mémoire, mi-roman. Malgré une carrière irréprochable et une longévité sans pareil, son ascension bien méritée fait anormalement jaser.

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Shonda Rhimes, c’est un peu la Beyoncé de l’audiovisuel. Elle sort tout en même temps et comme par magie, ben, ça marche. Bizarrement, son audience est aussi diverse que ses personnages Benetton et ses histoires sont universelles. C’est surement ça la recette Rhimes et comme c’est devenu commun de détester ce qui marche et bien, l’article de septembre dernier du New York Magazine essaie de lui trouver des défauts. Et le défaut, le plus évident est que la réalisatrice est une femme, oui, une femme qui ne s’arrête effectivement pas, une femme dans l’air du temps, une femme qui impose sa loi ! Mais, cela ne suffit pas car ça n’a pas de sens, des femmes puissantes y en a des masses mais pas dans l’audiovisuel et encore moins des noires. Et bim, c’est dit !

Shonda Rhimes est ronde, noire et puissante. Trois mots qui ne vont pas forcément ensemble. Non, trois mots qui ne vont pas du tout ensemble et c’est ce paradoxe qui berce la globalité de son oeuvre. Une association étrange qui relie ses personnages, des femmes, elles aussi mais pas n’importe lesquelles. Oui, qui pouvait s’imaginer un jour qu’une femme noire puisse faire tourner la tête d’un président, républicain de surcroit ou encore que le beau docteur Mamour puisse jeter son dévolu sur une interne rachitique semi-dépressive aux cheveux gras. Finalement, ses comédiennes féminines sont aussi puissantes, libres et… outrageusement à la ramasse.

Avec Shonda, les femmes afro-américaines désertes les parloirs de prisons pour diriger des cabinets d’avocats et/ou de gladiateurs. Les femmes asiatiques sont autre chose que des masseuses exotiques ou des adeptes de Kung Fu. Il y a de tout : des blonds sexy, des saints sexy, des connards sexy, des noirs sexy, des métisses sexy et même des roux sexy. Une perception, certes photoshopée, de la vie qui donne une toute autre saveur à nos ambitions personnelles. Et c’est en ça que Shonda Rhimes est révolutionnaire car son Girl Power est insidieux, il ne fait pas grand bruit, il se dissimule dans des récits, nous laissant le choix de faire, ou non, notre interprétation de la vie et de notre société.

Shonda Rhimes est, à mon sens, dotée d’un génie diabolique, en avance sur les questions contemporaines qui chiffonnent les politiques. Le New York Times peut tout dire, la traiter de rageuse noire ou même critiquer son franc-parler, je reste convaincue qu’elle a contribué d’une manière conséquente au renouveau de ce média voué au décès et au-delà. Autant dire que personne n’imaginait qu’une boulotte puisse changer la face du petit écran américain et mondial avec tant d’aisance. C’est peut-être ça qui fout les boules, en fait ! C’est en partie grâce à elle que nos vendredis soirs sont désormais plus jouissifs, que le pyjama est devenu une tenue super hype et que nos Ipods sont inondés de chanteurs folks neurasthéniques ponctuant nos moments de tristesse et de spleen à la Meredith Grey !

Elle s’adonne à mettre en exergue nos péchés, nos fantasmes, nos hontes et nos secrets. Cherchant constamment à nous déranger, à nous choquer et à nous questionner sur la véracité de nos doutes. Shonda prend un malin plaisir à glamouriser l’adultère, magnifier la névrose et normaliser les déviances. Sachant à merveille que la fiction influence toujours plus la réalité, elle travaille à édifier la femme dans toute sa diversité. Pire, elle lui donne les reines de sa sexualité, de sa carrière et de sa fragilité. Au fond, on se demande juste combien de pourcentage d’elle-même se cache derrière chacun de ses personnages-fétiches ? 90, 50, 10% ? Son livre nous le dira peut-être !

Manda
23 septembre 2014

Drunk in Love

L’affaire Ray Rice est dans toutes les bouches et tous les JT de la planète. L’incident est un mix entre celle de Rihanna-Chris Brown et de Jay-Solange et Beyoncé. L’ex-joueur de la NFL est devenu l’ennemi public de l’Amérique. En plus de l’avoir cogné comme un bonhomme, il la traine inanimée sur le sol tel un sac de patates. Une vidéo assez cruelle et symptomatique de la société de violence dans laquelle nous vivons. En bref, il l’a frappé, le pays s’est déchainé et le mec est devenu un pestiféré. Une conclusion en somme toute normale. L’Huffington Post inspiré par ce fait divers a concocté un dossier spécial sur le sujet et transpose la question d’origine « pourquoi il l’a frappé ? » en « pourquoi elle reste ? »

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L’image accablée de cette jeune femme qui se confond en excuses avec son mari, oui parce qu’entre-temps ils se sont mariés, nous renvoie à une conception très manichéenne de la relation abuseur-abusée. Cette vidéo, datant de février dernier, fait écho à tous les récits de violences conjugales de la planète sauf qu’ici Rice était un champion, un sportif et un héros, un self-made-man à la bonne sauce américaine. Il avait donc le devoir de ne pas lever la main sur sa femme et encore moins dans l’ascenseur du Revel Casino Hotel d’Atlantic City avec tant d’indifférence et d’insouciance.

En fouillant dans ses fonds de tiroirs, TMZ a fait d’un cas isolé, un sujet de société. Toutes femmes se sentent obligées de se reconnaître en Janay Rice, victime ou non de maltraitance. Cette histoire inspire d’autant plus un dégoût général car les hautes autorités du football américain semblent avoir caché le secret de peur de perdre un sérieux investissement. Cet effet miroir évident donne aux médias le pouvoir d’alimenter cette fascination pour ces femmes-victimes toujours aux côtés d’un mari brutal. Oubliant le fait que Janay Rice n’est peut-être pas si stupide qu’elle en a l’air, certes la carrière de son mari est en déclin total mais Ray Rice touchera un chèque 14 millions de dollars en guise de bye bye. Pas bête, la belette !

Friands de stéréotypes, les médias apprécient bazarder l’archétype de l’agresseur par excellence sur la place publique : l’homme noir dont ses victimes tout aussi sauvages affectionnent ce mode de communication inhospitalier. Sachant très bien que les brutalités conjugales n’ont pas de couleur et encore moins de classe sociale. Derrière les tatouages et les gros muscles se cachent, en réalité, de vrais bébés responsables d’actes qui les dépassent, finalement aussi victimes que leurs victimes. Janay, en pauvre causette, représente à merveille cette catégorie de femmes bordeline, qui n’ont pas eu le choix, si ce n’est le choix de l’amour, de la honte et… de l’argent !

L’Huffington Post s’engouffre dans la brèche et collecte les témoignages. #WhyIStayed, #PourquoiJeSuisRestée révèle les raisons pour lesquelles les victimes de violences ne peuvent pas juste partir. Et la conclusion de certaines déclarations sont accablantes et révélatrices d’un déséquilibre émotif, mental et affectif ambiant. La victime se croit soit investie d’une mission : celle de vouloir changer un crapaud en prince charmant ou pire, celle de croire qu’il lui fait une faveur de ouf en jetant son dévolu sur elle. Et cet engrenage créé par deux  pauvres êtres immatures va engendrer un cycle générationnel de blessures physiques, morales et affectives.

En érigeant le gamin en roi alors que sa tête est encore trop petite pour porter la couronne, en excusant son comportement parce qu’il mime papa et parce que papa montre son affection à maman de cette façon, nous créons une armée de futurs monstres incapables de différencier amour et violence, excellant dans la traduction des mots par les coups. Par qu’au fond, celui qui frappe n’est pas le plus fort. Celui qui frappe a juste peur d’être blessé à son tour. Alors pourquoi elles restent ? On nous l’inculque dès la maternelle que l’amour commence toujours par la violence, pas étonnant !

Manda