`
21 août 2015

The Queen of cool

La rentrée médiatique s’annonce prometteuse. Toutes les publications se battent pour faire cette fin d’été le moment le plus favorable pour taper fort et bien sûr augmenter ses ventes. Cette semaine, c’est la une de Variety qui m’a mise en émoi. La rappeuse, actrice, animatrice télé et business woman, Queen Latifah est mise à l’honneur par le magazine. Une consécration qu’elle mérite amplement. Elle continue à marquer l’histoire du rap, de la télévision et d’un cinéma mettant à l’honneur la culture afro-américaine.

11921851_10155923217720223_5701999047730938499_n

Sur la couverture de Variety, Dana Elaine Owens alias Queen Latifah est extraordinaire. Son sourire en coin me rappelle qu’elle gère son jeu comme une bête avec une coolititude qui n’a pas de nom. J’aime sa confiance. Je veux sa confiance. Une confiance qui n’a pas perdu une seule ride. Ce qui est intéressant avec les Américains, c’est cette capacité de se réinventer sans cesse, sans renier une seule seconde les choses qui font ce qu’ils sont aux yeux du grand public. La légende du rap est l’incarnation de la proximité et de l’authenticité. Dans le papier de de la journaliste Jenelle Riley, Queen Latifah on « Bessie », Her Past and What She’ll Conquer Next, la reine expose ses ambitions futures sans sourciller. Une interview-test qui révèle que derrière sa sympathie contagieuse se cache un requin qui n’est pas prête de s’arrêter de sitôt !

Elle change de casquette aux grés de ses envies. A la fois égérie pour la marque de maquillage Cover Girl, un peu dans le genre de L’Oréal mais avec toutes les teintes de noirs que l’on peut trouver dans tous les Walmart (= équivalent de notre Auchan ou Carrefour local) du pays, un biopic de la chanteuse de blues Bessie Smith qui cartonne sur HBO, une nomination aux Emmy Awards (rien que ça !) et une boîte de production simplement prénommée Flavor Unit, Queen Latifah est insidieusement partout. De quoi s’asseoir confortablement sur son  empire à 100 millions de dollars. Oprah Winfrey n’a qu’à bien se tenir !

Quand on la regarde bien, Queen Latifah est loin de la girl next door renoi qui faisait kiffer les mecs et les producteurs de séries. Sa carrure est massive, son parler est massif et sa présence est massive. Tout en elle est MASSIF et c’est tout simplement pour cette raison qu’elle est encore sur les feux des projecteurs. Queen Latifah a bravé toutes les modes. Elle a remis le style afro à l’honneur dans les années 90 avec ses costumes carrés et ses chapeaux hauts de forme. Elle a connu tous les styles capillaires et la voilà 20 ans plus tard, réincarnée en businesswoman pour la couverture d’un des plus importants magazines américains de l’actualité médiatique pour son impact dans le divertissement.

De nos jours, tout est devenu tellement édulcoré que je suis presque ébahie de revoir des têtes qui m’inspire la vraie liberté d’être soi, le charisme sans filtre et la fougue naturelle de changer les choses. Les années 90 ont laissé cette sensation inexplicable de sincérité que rien maintenant ne peut rattraper. La rapidité des réseaux sociaux et la starification croissante ont créé des monstres de l’audimat, des célébrités éphémères et vides. L’image de Queen Latifah est rassurante et ramène à une époque où on était connu pour son talent et non pas pour son boule. Ca me manque sérieusement !

Elle redonne espoir aux grosses, aux garçons manqués et aux grandes gueules du quartier. Difficile de ne pas s’identifier à Queen Latifah. J’ai une certaine affection pour sa justesse et son évolution. Et ce sont ce genre de femmes qui m’inspirent car elles n’ont pas peur des étiquettes, des cases et des rumeurs. Elles voguent au-dessus de la mêlée. En réalité, à 45 ans, Queen Latifah, fait partie de cette génération de femmes qui ont bravé le sexisme, le viol, la dépression, les brimades sur le physique ou l’incompréhension des producteurs. Alors quand, on me parle de ce féminisme mignon de la pop culture, j’ai le poil qui s’hérisse !

Manda
31 juillet 2015

Première Génération

« Je suis consciente que je suis une photographe blanche », lâche d’emblée Carolina Arantes, presque gênée, et comme pour s’excuser de sa couleur de peau. Sur la terrasse de café d’un café du XVIIIe arrondissement de Paris, la photographe indépendante brésilienne se livre et raconte son travail intitulé « Première Génération ». Depuis 2013, Carolina Arantes a régulièrement photographié au grand jour des filles d’immigrés africains en France. « Je voulais comprendre comment cela se passe pour cette première génération de femmes née ici, de se transformer et de vivre avec une famille aux traditions à la fois africaines et françaises », explique la photographe pour évoquer celles qu’elle désigne comme des « afro-françaises ».

Capture d’écran 2015-08-22 à 14.15.00

 Carolina Arantes a accompagné ses protagonistes partout où ces dernières le souhaitaient : en discothèque, fêtes d’anniversaires , fête du nouvel an, église, mariages et même à la Black Fashion Week. « Je n’ai pas encore assisté à un enterrement », plaisante-t-elle. La photographe brésilienne choisit ses personnages en lisant, en s’informant sur ces communautés afro françaises. Les « statistiques ethniques » n’existent pas en France comme aux États-Unis, alors la photographe parle et recueille des témoignages. Elle affirme avoir lu des auteurs comme Pape N’diaye, Marie N’diaye ou encore Leonora Miano afin de se documenter sur le sujet.

« J’essaie de suivre des femmes indépendantes, conclue-t-elle. Je veux montrer qu’elles sont de la même condition que la femme blanche française. » Le but de la série ? « Comprendre la femme afro-française », au-delà de l’apparence physique. « Ce n’est pas la question de la couleur de peau qui m’a poussée à faire ce travail, souligne la photographe, mais la base de l’identité en changement, la mixité des différentes cultures. » Une « quarantaine » de femmes s’est prêtée au jeu de « l’entretien » avec Carolina Arantes. Parmi elles, on retrouve l’animatrice de Télésud, Sabrina Mvuala-Bandundi, et la journaliste de France Ô, Aline Afanoukoé. « Première Génération » a fini par attirer l’attention du New York Times et de son blog dédié à la photographie, Lens.

Originaire d’Uberaba dans la région du Minas Gerais (sud-ouest du Brésil), Carolina émigre en 2008 en France pour poursuivre une carrière en photographie. En 2011, elle commence à travailler en tant qu’assistante de Christophe Morris, de l’agence VII. Carolina Arantes explique que ses origines brésiliennes, « un pays métissé, même s’il y a encore des préjugés », lui ont permis de mieux comprendre « comment la mixité évolue pour un pays plus ancien ».

Article paru dans le Monde Afrique.

Manda
23 juillet 2015

Délit de sale gueule ?

Lou Doillon, la fille de Jacques Doillon et de Jane Birkin, la soeur de Charlotte Gainsbourg et de la défunte Kate Berry s’est lâchée sur sa famille, la pop culture et sa vision du féminisme dans le magazine du célèbre quotidien espagnol El Pais, S Moda. Une interview retranscrite en espagnol , bien sûr, qui fait le tour des réseaux sociaux. Il faut noter que la brindille fait également la promotion de son nouvel album : Lay Low, qui prouve encore une fois que la pomme ne tombe jamais loin du pommier !

Lou-Doillon-pour-S-Moda-magazine_portrait_w674

Tout le monde veut la peau de la Doillon et certains avancent de nombreux arguments pour lui en vouloir réellement. Slate ne se mouille même pas les mains et fait appel à une blogueuse hargneuse en phase avec sa négritude prête à partager son mal être intitulé Emancipation balisée. C’est vrai, s’en prendre à Beyoncé n’a pas été la chose la plus maligne de sa carrière , hé les Behives sont féroces, mais ce n’est pas pour autant qu’elle a tort. Beyoncé, Nicki Minaj et Kim Kardashian sont à l’apogée de leurs carrières respectives. Impossible de ne pas les rater, ce sont les cas de pop-féminisme les plus médiatiques !

Ce qui m’exaspère, c’est la vitesse du lynchage sur les réseaux sociaux et surtout sa mesquinerie. Lou Doillon est devenue l’ennemi numéro 1 et toutes ses photos de nus ont été étalées sur la toile pour la punir d’avoir critiqué les reines du divertissement mondial. Au fond, à en entendre certaines, elle serait juste jalouse de nos corps, de notre sensualité et de notre trop-plein de mélanine. Soyons sérieux, juste deux secondes, voir Beyoncé se déhancher en transe en string et Nicki mimait le serpent ne sont que l’expression de leur business et rien de plus.

Les médias français s’en frottent les mains, oubliant qu’ils sont les premiers véhicules de la boboïsation parisienne et de la beauté occidentale dont Lou fait indéniablement partie. Libération s’en mêle les pinceaux et titre fort Lou Doillon, féministe des beaux quartiers afin d’essayer de s’adapter avec (beaucoup !) naturel à sa nouvelle cible acquise suite à son partenariat avec la réalisatrice du documentaire Trop noire pour être française ? d’Isabelle Boni-Claverie. Comme si, on l’avait pas vu venir ! Puis au tour de Nadège Abomangoli, vice-présidente du Conseil Départemental de Seine Saint Denis, de nous refaire l’histoire de l’esclavage à l’américaine et de sortir son blablabla sociologique dans Cachez ces fesses noires que je ne saurais voir : j’écoute Beyoncé et je lis Frantz Fanon.

Le « féminisme des beaux quartiers » à encore de belles années devant lui et l’afro-féminisme intolérant continue son chemin dans le même sillage. L’agacement vis-à-vis de ces pop stars ne doit pas être l’apanage d’un seul groupe. La démonstration du pouvoir à travers la sexualité féminine est devenue tellement commune, faut le dire. Oui, elles sont parfois vulgaires, dois-je être condamnée pour l’avoir pensé ou ai-je le droit de le dire parce que je suis noire ?! Je commence à croire que tout est bon pour faire entendre sa voix même si, pour cela, il faille être raciste à son tour. Triste réalité !

Ce dont on parle peu, c’est l’impact et surtout l’influence que ces femmes ont sur la représentation de la femme dans les médias. J’arrive à faire la différence entre le on stage, le backstage et la profusion de greffes de fesses gros comme une maison sans grand souci. Les combinaisons à paillettes sont, à mes yeux, juste des artifices scéniques mais en vrai, nous croisons toutes celles qui ne font pas cette différence dans le métro, sur Instagram et dans les soirées bien arrosées, croyant dur comme fer que ces attributs sont un gage de succès. Je ne suis pas contre un remuage de postérieur de temps en temps mais associer cela à une philosophie me laisse perplexe.

Quel est le péché de Lou ? D’être blanche, frêle et bien née ? En tant que femme noire, je ne vois rien d’abject aux propos de Lou déblatérés dans un magazine anonyme depuis lors dans l’hexagone. Elle a donné un avis, un point de vue de femme que beaucoup partagent. La pop actuelle est effectivement saturée de nudité, de sexualité et de subjectivité à outrance qui devrait mettre toutes les femmes quelque soit leur couleur de peau, leur origine, leur condition sociale et économique en colère.

Je suis certaine que celles qui cherchent le buzz via les déclarations de Lou Doillon sont les premières à éloigner leurs enfants des clips de Drunk in Love de Beyoncé et de son mari Jay-Z et du fameux Anaconda de Nicki Minaj entre autres. L’observation de la dégradation médiatique de la femme noire devrait-elle avoir une seule couleur et unique voix ? Lou a autant le droit d’être scandalisé en tant qu’individu que moi, que vous et que nous tous. Lou, victime de racisme anti-blanc ? Ce serait peut-être trop marrant même pour moi mais au vu des faits, c’est effectivement le cas !

Manda
3 juillet 2015

Misty Copeland, les pointes de la détermination

Misty Copeland entre dans l’histoire. A 32 ans, l’Afro-américaine est l’une des rares femmes noires à devenir danseuse étoile à la prestigieuse American Ballet Theatre de New York. Une consécration pour celle qui a commencé cette discipline à l’âge de 13 ans, bien trop tard, et dont les formes sont loin d’être conventionnelles. Misty a réalisé son rêve, médiatisé son art et ouvert la porte à de nombreux jeunes gens issus d’un milieu chaotique comme le sien. Intronisée par le Time Magazine en mai dernier, la danse classique a désormais sa pop star et elle porte le nom de Misty Copeland.

misty-copeland-time-100-influential-people

L’histoire de Misty Copeland est intéressante pour plusieurs raisons : sa dynamique familiale plutôt hostile et l’univers impitoyable du ballet. Black Swan, le film primé aux Oscars, de Daren Aronofsky a mis en lumière les sacrifices et les travers de cette discipline élitiste. Grazia se permet même un jeu de mots en titrant Misty Copeland, le Black Swan de la danse classique, c’est elle et Le Point peu ingénieux sur le coup, copie à quelques mots près : Misty Copeland, le vrai Black Swan de la danse américaine. Le terme « Black » ici fait référence à sa couleur de peau et non pas au fameux Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Son livre Life in Motion : An Unlikely Ballerina relate avec précision le parcours de celle que rien ne prédestinait à la danse classique.

J’ai fait la découverte de Misty Copeland grâce à la vidéo promotionnelle Under Armour.  J’ai été subjuguée par la perfection de son corps et du discours antinomique de la voix-off. Misty Copeland est aussi transversale qu’humaine et son parcours en est la parfaite illustration. De la discrimination à la promotion de danseuse étoile au sein de la compagnie la plus exigeante du monde, Misty incarne le rêve noir américain. A une époque où l’Amérique ne croit plus en rien. Où être rappeur, vixen ou encore mort est synonyme d’ascension sociale, Copeland redéfinit les règles de race, de classe et de courbes. The Telegraph a titré juste.

Cette séparation qui existe entre les noirs et les blancs est omniprésente aux Etats-Unis. La ségrégation la plus insidieuse n’est pas celle qui a été aboli de manière physique. Le combat réel se trouve dans nos têtes. Les murs élevés de la ségrégation, de l’incapacité et de l’oppression sont bien réels. Bizarrement, les enfants à un certain âge veulent tous faire la même chose : policier, danseuse, avocat ou docteur. C’est en grandissant que les choses se corsent. Confrontés à cette ségrégation mentale, ils s’exclut eux-mêmes de ces trajectoires par manque de moyen, opacité de l’environnement et/ou mimétisme. Le fameux « c’est un truc de white » devient l’arbre qui cache la forêt de la séparation raciale, sociale, économique et géographique.

Puis soyons honnêtes, la danse classique, l’équitation et le tennis sont souvent perçus comme des disciplines de blancs. Il suffit de regarder Black Swan pour comprendre à quel point ces « blanches » sont prêtes à tout. Il n’y a rien de sexy, les corps sont presque pubères et la musique manque de swing. Aujourd’hui, le discours change. A l’instar de Serena Williams, le combat se transpose désormais sur la tribune politique et sociale. Changer le regard, élargir le champ de vision et apporter de nouvelles perspectives est la meilleure solution à apporter à cette jeunesse afro-américaine qui se meurt.

A force de travail et de détermination, Copeland marque son territoire. Une présence qui ne passe plus inaperçue dans ses ensembles homogènes. Dotée d’un regard franc dénué de crainte, Misty manie ses pointes comme des lames. Loin du cliché de la ballerine rachitique, elle impose son style de guerrière dans les plus hautes sphères de la danse classique mondiale. Une ascension heurtée par les stéréotypes et les questionnements donc une ascension d’autant plus méritée. Misty Copeland a mis sur le devant de la scène son art et bousculé les diktats de manière significative. La danseuse étoile noire brille déjà de mille feux et ouvre grandement la porte à celles et ceux qui veulent marcher sur ses pas !

Manda