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4 mai 2015

Chelsea Clinton, l’enfant de la balle

La course est en marche. Hillary Clinton est loin de lâcher l’affaire et retrousse ses manches pour obtenir son dû : la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Et au lieu de se baser sur la popularité sympathique de son époux, elle a décidé de faire équipe avec la chair de sa chair : Chelsea Clinton, sa fille unique de 35 ans. Une révélation qui ne semble pas être une surprise, tellement, la progéniture du couple Clinton est brillante. Alors, Chelsea, conduira-t-elle sa mère à la Maison Blanche ?

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Comme ce fut le cas avec Barack Obama, l’Amérique est face à un nouveau challenge de taille : celui de croire qu’après un noir, une femme d’expérience peut diriger le pays. Une révolution pour le pays le plus puissant du monde, précurseur sur la représentation des genres. Ce même pays qui injecte, sans cesse, une dose de féminisme pop culturel dans son divertissement, est-il enfin prêt ? Etre en avance, dans un pays profondément en retard, c’est assez paradoxal mais c’est le pari qu’ont fait les meufs Clinton. En couverture du mois de mai d’Elle Magazine US et repris par la version française, Chelsea s’exprime sur sa maternité, ses engagements associatifs et sur les raisons pour lesquelles les Etats-Unis ont besoin d’une femme-présidente. Alors comment questionner la légitimité de Chelsea dans l’ascension bien méritée de sa chère mère ? Celle qui a vécu auprès du pouvoir, bercée par les victoires et les scandales, est la meilleure pour savoir que la route ne sera pas un long fleuve tranquille. 

Protégée à outrance pendant son enfance, Chelsea revient sur le devant de la scène avec une idée claire : celle d’amener sa mère au top, marquer l’histoire, faire partie du changement et ainsi retrouver son statut de First daughter. L’héritière démocrate sait qu’elle incarne la fraîcheur, la jeunesse et la douceur. Des caractéristiques qui semblent manquer à sa daronne, critiquée par ses détracteurs sur son âge avancé et sa poigne un peu trop masculine parfois. Ni à tomber, ni trop moche, Elle remet les choses en place avec grâce et sagesse. Elle garde en tête que la guerre de l’audience est en marche et que son coeur de cible lit Elle Magazine. Malgré une couverture questionnable pour certains, Chelsea Clinton est bien à sa place. Alors, on s’en fout qu’elle ait été photoshopée pour l’occasion, comme une flopée de célébrités dans la même position, d’ailleurs ! 

Pour ma part, c’est l’une des couvertures les puissantes du mensuel. L’intelligence n’a jamais été aussi sexy. Elle renvoie l’idée que le pouvoir n’est pas une question de beauté physique criarde. Chelsea Clinton incarne cette frange humaniste qui transparaît dans le choix d’une garde-robe simple et efficace. Pas là pour impressionner mais plutôt pour créer un lien de confiance avec les lectrices, usant avec justesse de son autorité naturelle. Chelsea comprend que l’image joue un rôle de malade et que sa présence est une valeur ajoutée dans ce jeu qui ne verra qu’un seul vainqueur. Et 2016, doit être l’année d’«Hillary Clinton». Quitte à donner de sa personne, parler biberon et jouer le jeu du sourire à un million de dollars en couverture du célèbre magazine féminin, L’enfant chérie de l’Amerique est prête à tout !

Par le biais de voyages diplomatiques et de la Fondation Clinton, cet enfant de la balle a dialogué avec plus de présidents et figures politiques que les représentants républicains en lice pour les présidentielles. En plus d’un CV en béton, Chelsea connaît sur le bout des doigts les sujets nationaux et internationaux sensibles. Les rouages politiques, les déchainements médiatiques, les sacrifices et le revers de la médaille, elle a su les discerner très tôt. Bill et Hillary Clinton peuvent se targuer d’avoir créé un être politique aussi discret que féroce, prêt à prendre la relève. Celle à qui on a laissé le temps de grandir comme un enfant et qui entrevoit l’investiture de sa mère comme une revanche sur la vie est enfin prête à tout déchirer ! 

Le magazine marque ouvertement son soutien pour Hillary Clinton. Sortir la fille de l’ombre est l’idée la plus inventive de la candidate qui n’a pas officiellement dit qu’elle sera dans la course. La dynastie Clinton ne veut plus se conjuguer au passé mais assure qu’elle compte marquer l’avenir de l’Amérique. Un charisme dissimulé qui a sauté aux yeux de la rédactrice en chef Robbie Myers. « Il y a quelque chose de naturellement majestueux chez Chelsea, une sorte de grâce qui ne semble pas être forcée, ou trafiquée juste pour la consommation publique. Elle est une personne de substance à coup sûr, une jeune femme qui, bien que mesurée dans sa façon, a un féroce de conviction et un appel pour faire de ce monde un meilleur endroit. » Et pourquoi pas, accéder à son tour , en 2024, au trône ?

Manda
10 avril 2015

L’Afro-muppie, une working-girl hyperconnectée

Militante numérique dans l’âme, fan de la série « Scandal », entrepreneuse, avocate, journaliste ou encore étudiante, l’Afro-muppie (contraction d’afro et de muppie) se distingue par ses combats, ses habitudes et ses origines. Boudée par la presse traditionnelle, elle fait d’Internet une plate-forme privilégiée pour s’exprimer, s’inventer et/ou se réaliser. Elle s’identifie à des femmes de pouvoirs afro-américaines et remet l’Afrique au cœur du débat.

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Hyper-connectée, alternative et souvent incomprise, l’Afro-muppie s’impose sans jamais se démonter. Le terme muppie désigne cette génération de femmes actives en phase avec le digital, marque ambulante et ambassadrice du « bien dans sa tête, bien dans son job ». Inventée par l’auteure américaine Michelle Miller, la muppie bouffe des burgers végétariens, mate « Girls », passe un temps fou sur les e-shop et se rêve d’un destin à la Sophia Amaruso, fondatrice de la boutique en ligne Nasty Gal et auteure du bouquin à succès #Girlboss. Cette appellation illustre à merveille la conception fantasmée et immaculée de cette nouvelle tribu citadine.

Un nouveau marché pour les annonceurs

Ne suivant par les règles du muppisme à la lettre comme manger bio, « faudrait voir si les ingrédients du thieboudienne ou de la sauce graine remplissent les critères », ou le « salut quotidien au soleil », l’Afro-muppie n’hésite pas à regarder la société française droit dans les yeux et s’inscrit dans cette mouvance qui consiste à bousculer les diktats imposés. Exister, oui, mais selon ses termes, c’est encore mieux ! Ayant permis la démystification de ce public, en donnant aux annonceurs un nouveau marché à se mettre sous la dent, les blogueuses afro ont perdu ce-je-ne-sais-quoi de révolutionnaire.

Croulant sous les milliers de followers, les ambassadrices de l’esthétisme noir à la française se sont laissées happer, entre deux selfies, par la spirale de l’autopromotion. Cette montée en puissance des blogs à destination de la communauté noire n’est pas insignifiante mais encore insuffisante. Face à ce défaut de profondeur dans les contenus, Anita Grant, 29 ans, avocate au barreau de Paris et auteure du blog Kidjiworld s’est délibérément tournée vers d’autres médias et avoue prendre plaisir « à lire la presse étrangère et des blogs tenus par des femmes noires ». « Chercher l’information » ne suffit plus, il est devenu primordial « de la créer ».

C’est l’action entreprise par Sarah, 27 ans, créatrice de Noir Magazine, en 2012, « suite à une convalescence forcée, j’ai créé mon premier magazine Ghubar », rédigé en anglais, méconnu du grand public et jouissant d’une réputation d’estime. « En pleine explosion de la blogosphère, j’ai voulu faire quelque chose d’un peu moins personnel et de plus consistant qu’un blog », avoue-t-elle. Sarah reconnait que « sans Internet, je n’aurais pas pu créer, ni promouvoir mon premier magazine et ainsi exposer mon travail. Je suis un pur produit de l’ère digitale » et précise, quand même, qu’elle n’est « pas cloitrée dans une dimension fictive ».

Une niche à exploiter

Dans cette configuration toute en nuances, la notion d’entreprenariat prend une dimension considérable. Au-delà de la vision mercantile, l’Afro-muppie se reconnaît par son militantisme naturel et entrevoit ce manque de visibilité typique comme une niche à exploiter. Dans cette société en mutation, « il faut laisser le temps aux choses de se faire naturellement, mais en parallèle créer des initiatives. C’est ce qui dynamise et influence le marché. » « Investir son énergie autre part, en créant des plates-formes, des supports pour promouvoir la beauté noire et créer une présence plutôt que de se focaliser sur l’absence », une solution que désire apporter Sarah par le biais de Noir : « un magazine de mode, de beauté et de life style pour la femme NOIR – sans e ». Un second essai acclamé par le fameux Fashion Bomb Daily, le blog de la journaliste américaine de mode, Claire Sulmers, Afro-muppie décomplexée.

« Noire, talentueuse et charismatique »

Sex appeal, féminité et pouvoir… Olivia Pope, Annalise Keating, Jessica Pearson et la dernière en lice, Cookie Lyon séduisent par leur capacité à allier le tout avec classe. Ce n’est pas anodin si même dans le divertissement les personnages favoris de l’Afro-muppie sont l’incarnation de la femme battante, courageuse et imperturbable. La « manageuse » de crise Olivia Pope interprétée par Kerry Washington détient une sympathie sans égale. Julia Mundele, 25 ans, fondatrice de JM Communication, affirme qu’elle est l’archétype de « la femme intelligente et diplomate ». Anita apprécie « le fait que le personnage principal soit une femme noire talentueuse et charismatique. Toujours au top dans son job jusqu’à en devenir névrosée… »

Il y a tout de même une réserve : « Ce n’est que la maitresse du président, qui ne quittera sa femme pour rien au monde ! » Dans le même sillage, l’ex-détenue incarcérée pour trafic de drogue et ex-femme d’un dealer reconverti en PDG dans l’industrie du hip-hop détonne avec ses tenues clinquantes et son attitude « ghetto ». La star d’« Empire » brillamment jouée par l’actrice Taraji P. Henson, a déjà de nombreux fanatiques dont Julia qui raffole de « sa détermination à se battre et à obtenir ce qui lui revient de droit. » Avocate de profession, Anita se reconnaît dans ces intrigues. « Je regarde pour le côté ambiance de bureau, avec les potins de couloirs, les problèmes d’ego entre lawyers et les clients que l’on doit satisfaire », dit-elle. Elle confesse s’être attachée au rôle de Viola Davis dans How to Get Away with Murder, car en plus d’être « la Big Boss, son histoire personnelle m’a énormément touchée ». Souffrant de malnutrition durant son enfance, elle a cru « malgré la dureté de sa réalité, en la force de ses rêves ».

« Mes activités en Afrique »

Née à Paris de parents immigrés africains, élevée « à Abidjan ou à Kinshasa » et biberonnée aux succes story made in US, l’Afro-muppie est « plurielle et plus que jamais universelle ». Elle tire pleinement les avantages provenant de cette situation auparavant désagréable.Julia ne cache pas ses ambitions : « Oui, je souhaite entreprendre une carrière internationale et développer mes activités en Afrique ». Sur ce territoire inconnu, « il est indispensable d’avoir un réseau de contacts dans mon domaine d’activité car j’ignore encore leur fonctionnement et leur système. » Le domaine du droit n’est pas en reste : « Mon cabinet travaille actuellement en réseau avec la Côte d’Ivoire ».

Sarah visualise clairement son avenir sur le continent. « Je suis rentrée au Sénégal cette année pour créer ma société, Ifren Media Group, avec pour but de créer de nouveaux médias et des contenus pour une audience africaine, aujourd’hui globale, raconte-t-elle. C’est important pour moi que ce soit une société africaine, car je souhaite définitivement rentrer m’installer au cours des trois prochaines années. » Engagée, idéaliste et certainement accro aux nouvelles technologies, l’Afro-muppie se connecte inlassablement à un autre réseau qui déconne rarement. « Mes parents, mes frères et mes amies occupent une place importante dans ma vie en ne cessant de me donner des conseils pour aller plus haut et plus loin ! », conclut Anita. Ne se considérant plus seule mais au cœur du changement, le terme empower (encourager en anglais) prend avec l’Afro-muppie un sens particulier. Car livrée à elle-même, elle est sûrement sa pire ennemie.

Article paru dans lemonde.fr.

Manda
10 mars 2015

Jenna Lyons, la revanche d’une moche

Impossible de ne pas se souvenir de l’allure décalée de Jenna Lyons de la marque qui monte J. Crew. Elle est souvent là où on l’attend le moins : au mariage-carnaval de Solange Knowles affublée d’une chemise blanche signature et d’une jupe à plumes, dans Picasso Baby, le clip semi-arty, semi-megalo de Jay-Z tourné dans la Pace Gallery à New York  et une apparition dans la série Girls de sa récente copine, Lena Dunham. En gros, Jenna Lyons est la patronne la moins discrète du prêt-à-porter. Icône de la pop culture ? En 2013, le Time Magazine a senti l’ampleur du phénomène en la catapultant dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde. L’ambassadrice binoclarde du chic décontracté se pointe sur le vieux continent. Et comme nous aussi, on veut être cool, ben on est impatients de voir ce que ça donne !

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L’essence J. Crew se résume dans la dégaine de cette grande perche de 44 ans. On a juste l’impression que rien n’est calculé, sa nonchalance à quelque chose de très européen, de très français. Cet ovni d’un 1 mètre 80 a gravi les échelons d’une boîte qui n’avait pas l’intention d’être une référence. Aujourd’hui le savant mélange entre Ralph Lauren et H&M est atteint et J.Crew est sur toutes les bouches. Jenna sort de l’anonymat et squatte les Tumblr de toutes les minettes preppy et les soirées mondaines de la Grosse Pomme. L’invasion dans l’hexagone n’était juste qu’une question de temps.

La presse française préfère parler de « débarquement » plutôt que d’invasion et considère cette nouvelle comme une opportunité pour nous, Français, de gouter à ce que les Etats-Unis ont fait de mieux après le chewing-gum, les burgers et les Jordan. Le Cahier des Tendances de l’Obs titre Jenna Lyons débarque en France, L’outsider qui habille l’Amérique et le Styles de l’Express se contente d’un J.Crew, le débarquement, le Figaro opte pour la femme qui habille l’Amérique. Un exploit pour une fille entrée par la petite porte, vu sa taille, ça n’a pas dû être facile !

Et pour inviter encore à plus d’empathie, Jenna Lyons donne de sa personne. Elle raconte à qui veut l’entendre son passé dramatique pour nous exhorter à croire que l’humain l’emporte toujours sur le business. L’assistante de l’assistante est devenue une boss en matière de story telling. A défaut de venir de Brooklyn comme son pote Jay-Z, Ugly Jenna balance tout sur la maladie génétique dont elle souffrait durant sa jeunesse. En plus de perdre ses cheveux et ses dents, elle fait une croix dessus et se positionne désormais en représentante des moches qui ont réussi.

Il n’y a pas de début difficile sans un dénouement heureux dans les histoires hollywoodiennes. Et Jenna a l’air d’ecrire un film où les récits terminent toujours bien. Sauvée par sa passion du dessin et de la mode, Jenna griffonnait dans sa chambre des modèles pour épater les fausses copines avec pour seul éclairage, une vieille lampe au pétrole, si elle le mentionnait avec des trémolos dans la voix, je suis sure que ça passerait comme une lettre à la poste, tout en rêvant d’un futur compte en banque à 10 chiffres.

« J. Crew est un cliché de l’Amérique, mais de l’Amérique qu’on aime en France. Mainstream mais exigeante », au fond Virginie Mouzat de Vanity Fair n’a pas tort. J.Crew est l’incarnation du lifestyle américain sous l’ėre Obama. Juste en portant un pull de la griffe, on a l’impression que toute la panoplie de la parfaite hipster de la gauche libérale prend place : le lait de soja bu au goulot, les vacances dans les Hamptons, un bon son d’Asap Rocky en fumant un peu de beuh légal pour se détendre et surtout discuter sur le féminisme au bord du lac avec une bande copines défoncées. Cette nonchalance vient narguer le vieux continent conservateur.

La révolution de Jenna Lyons n’a rien de bien révolutionnaire, son approche de la pop culture, oui ! Bi, maman, libre, millionnaire et socialite, elle est la vitrine idéale d’un état-continent qui ne se refuse rien. Dans un monde où les influences apparaissent de nulle part, Jenna possède une clientèle plus leader d’opinion que complémentaire. Michelle Obama, Solange Knowles, Katie Holmes, Lena Dunham et Jay-Z ont tous un dénominateur commun du nom de Jenna Lyons. La revanche d’une moche, c’est exactement ça, et je suis sure qu’elle doit bien se marrer maintenant !

Vendre des indispensables qui coutent un bras, jackpot ! Il suffit de faire un tour sur le e-shop de la marque pour comprendre que les collections ne sont pas fouillées, ils donnent la sensation que ce sont des basiques et qu’on ne peut pas vivre sans. Le génie de Jenna n’est pas tant son physique atypique que son style androgyne mais une stratégie de différenciation bien huilée. Appelant en renfort des modèles iconoclastes, Jenna touche tout le monde différemment mais toujours justement. Avec cette philosophie, le Girl Crush est inévitable.

On l’aura compris, J.Crew c’est plus que des fringues, c’est un état d’esprit. C’est pour cette raison que je suis déçue que la boutique parisienne ne s’installe pas dans un lieu plus démocratique, plus fou et plus arty. Elle ne risque pas d’attirer une clientèle aussi aventureuse que celle qu’elle a l’habitude de saper aux States. La marque sera à l’image du Marais, égo-centrée et élitiste. Ce n’est pas non plus comme si on lui avait demandé de se foutre dans le 93 mais bon, Jenna n’a jamais dit qu’il faisait dans le social !

Manda
8 janvier 2015

Je suis…

La France est encore abasourdie par les attentats du 7 janvier dernier commis dans la rédaction du très controversé journal d’opinion Charlie Hebdo. 12 personnes sont mortes sous les balles et Paris est une scène de guerre. La presse est ébranlée et s’indigne de cet acte barbare qui fait flipper le monde entier. Blessée en son coeur, la France pleure de douleur. Pendant que les copains caricaturistes multiplient les hommages et que les journalistes brandissent le stylo, #jesuischarlie le nouvel hashtag à la mode envahit les réseaux sociaux. Tout le monde manifeste comme il le ressent son indignation ou … pas. Que nous reste-t-il vraiment à part pleurer ? 

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La presse unanime affiche son soutien. Le Monde, dans la description, titre Le 11 septembre français, Libération plus dans l’introspection et l’émotion se contente d’un sobre Nous sommes tous Charlie et la presse étrangère n’est pas en reste. The New Yorker s’interroge sur la liberté de la presse dans son papier Pens vs Guns, Crayons contre Armes et The Wired affirme que Terrorists can’t kill Charlie Hebdo’s Ideas, Les Terroristes ne peuvent pas tuer les idées de Charlie Hebdo. Impossible de répertorier les points de vue et les réactions de tous. Il est tout à fait probable que ce brouhaha de colère risque de s’intensifier dans les jours à venir.

Pour ma part, j’ai appris la nouvelle sur les réseaux sociaux. Et je me suis rappelée qui était Charlie. Charlie Hebdo est un journal satirique qui a souvent voire toujours dépassé les bornes du respect de l’autre et de la liberté d’expression. Ce qui était étrange, c’est qu’à ce moment-là, je n’ai pas été surprise, je me suis dit que ça arriverait un jour. Et malgré tout ce que je pense de ce canard, cela n’excuse en rien le comportement de ces 3 lascars ou extrémistes plutôt stupides au nom de cet Allah, ce Bouddha ou ce Jéhovah qui apparemment ne sait pas se défendre !

Il est coutume de raconter du bien de la personne décédée même si au fond on sait tous que le défunt était une enflure. La rédaction de Charlie Hebdo était, à mon sens, une réelle mascarade. Elle ne se gênait pas pour se payer la tête de toutes les obédiences, de toutes les confessions et de tous les politiques sans respect. Faisant de la provocation son fond de commerce, personne n’était épargné. Dans notre démocratie, on appelle cela de l’humour alors que dans mon jargon, cela s’apparente à de la merde qui devait exister ou du moins coexister dans un ensemble solide de médias pour doser leurs propos outranciers.

J’essaie de comprendre comment les choses sont allées si loin et plus j’essaie, plus je suis étonnée qu’aucun média n’ai encore pointé le doigt sur notre mal sociétal. Au fond, je ne sais pas ce que c’est d’être Charlie, nous ne savons pas ce que cela signifie vraiment. Nous ne savons pas ce que représente la liberté d’expression que nous scandons dans nos rues, sur Instagram, sur Twitter ou Facebook. Nous ne le saurons surement jamais si nous n’apprenons pas à vivre ensemble, à accepter la pluralité. Les attentats de Paris ont mis le doigt sur un constat glaçant : la France n’est pas humaniste et elle ne l’a jamais été.

Cette hypocrisie ambiante a réveillé une haine qui ne finira pas d’enfler, si nous n’en prenons pas conscience ensemble. Elle s’observe dans nos urnes, dans nos médias, dans nos quartiers et plus globalement dans notre société. Ce dialogue de sourds nous a emmené là où nous sommes aujourd’hui, dans une société à deux vitesses où le diable est forcément étranger ou immigré. Une société qui a confondu laïcité et clientélisme, islam et intégrisme, religion et foi, diversité et racisme, liberté et manque de respect. Une société qui désormais pleure des larmes brulantes, pas de crocodile mais de peur.

Sonnette d’alarme ? Coup monté ? Recherche du scoop ? Je n’en sais trop rien. Juste une réelle tristesse vis-à-vis d’une nation en chute libre, plus enclin à dénoncer, humilier, traquer qu’à éduquer et encourager. En fait, la France ne croit plus en rien. Elle ne croit plus en sa jeunesse, en l’ouverture et en l’amitié. Faisant preuve d’une amnésie sélective la plupart du temps, elle se réveille seulement en période d’électorale. Cette semaine, le réveil a été d’une brutalité sans nom, plein de gerbe et de nausées. Ironie du sort, Charlie Hebdo ont eu la mort qu’il voulait. Ils seront les martyrs d’un journalisme et d’une nation souffrant d’un trouble identitaire de malade !

Manda