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15 août 2014

Funny Face

Emma Ferrer, la petite-fille d’Audrey Hepburn tape la pose pour l’édition de septembre d’Harper’s Bazaar réservée aux abonnés, 21 ans après le décès de celle-ci. Le name dropping ne s’arrête pas là, Michael, le petit-fils de son célèbre ami photographe de mode Richard Avedon, est derrière l’objectif. La rédaction a voulu mettre les bouchées doubles pour la rentrée d’automne 2014 et nous lâche une flopée de noms qui parlera aux anciens comme aux jeunots. Une double couverture qui se veut transgénérationnelle, portée par une postérité fashion qui n’a pas honte de profiter de son lignage. Un lignage qui leur permet de croire qu’ils n’ont plus besoin de faire comme le commun des mortels !

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Née un an après la mort de sa grand-mère, la jeune femme de 20 ans a le privilège de raconter sa life dans l’un des numéros les plus importants de l’année de Bazaar sans avoir eu le temps de la côtoyer. Elle insiste sur le fait d’avoir vu tous les films de mamie, comme la moitié des jeunes filles de la planète, tout en précisant qu’elle est bien plus qu’une actrice de grande renommée à ses yeux. Se contentant de sortir les clichés de famille dans lesquels elle n’apparaît pas pour attester de sa parenté avec celle que tout le monde adule encore. Une interview insipide qui ne révèle rien de bien croustillant sur Audrey Hepburn parce qu’au fond, c’est ce qu’on attend vraiment !

Au delà de ne pas savoir grand chose sur celle qui a enfanté son père, la presse s’accorde à dire qu’Emma Ferrer est la réincarnation de la star des années 50-60. Selon le Huffington Post, Emma serait « élégante, gracieuse et posséde une silhouette de danseuse et un visage singulier« . L’Express.fr va encore plus loin et titre que la « ressemblance avec l’actrice est frappante ». Suis-je la seule à ne pas être frappée par cette grande similitude ? Je dirais même que Linda Evangelista a bien plus de traits communs avec la défunte actrice que sa propre petite-fille. Bon sang peut parfois mentir !

Faut pas pousser les éloges, hein, de dos, on me dit souvent que je ressemble à Diana Ross et pourtant j’ai fait la couverture de nulle part ! Loin de moi l’idée de cracher sur le dos d’Emma Ferrer, ce n’est pas non plus un laideron, elle est très belle et son port de tête rappelle celui de sa grand-mère mais c’est tout ! Baser sa carrière sur un semblant de ressemblance, ça c’est du foutage de gueule à l’état pur. On nous l’avait vendu avec Lottie, la soi-disant relève de sa grande demi-soeur Kate Moss, et même les puristes ont crié au scandale.

Etre le fils ou la fille de, le neveu ou la nièce de, le frère ou la soeur de a toujours facilité les choses cependant je crains que le talent soit quelque chose d’héréditaire. La mode, synonyme de liberté, est devenue un truc de bourges, un cercle fermé. Je suis assez déçue que cette polarisation se concentre plutôt sur des noms que sur de vraies gueules atypiques. Emma a juste le mérite d’avoir un peu de sang d’Hepburn qui coule dans ses veines et ça, c’est censé ne pas avoir de prix. En tout cas, pour Harper’s Bazaar !

Malheureusement, mimer les poses de sa grand-mère paternelle ne fait pas cette jolie jeune fille, un mannequin qui mérite une double couverture d’un magazine prestigieux. La rédaction pense sûrement avoir fait une trouvaille de malade, à mon sens, cet angle manque réellement de substance. Au fond, on s’en fiche, ce qui nous intéresse c’est Audrey, pas une wannabe mannequin qui n’a jamais posé pour un magazine, voire même un catalogue de sa vie !

Le mensuel s’accroche à cette figure intemporelle comme un pot de colle et espère faire du blé sur ce qu’elle représente. Il manquerait plus que Vogue aille chercher la petite-nièce de Marylin Monroe ou la petite-fille d’Elvis Presley pour renchérir et tout faire capoter. En fait, je crois qu’à un moment, il faut arrêter d’entretenir l’image de ces personnalités féminines notoires décédées à en vomir. Comme si on ne pouvait pas les laisser reposer en paix pour de bon et laisser place à une nouvelle génération de mannequins et actrices de talent qui ne demandent que ça  !

Manda
4 août 2014

Nicki, la froussarde

Le visuel d’Anaconda, le nouveau single de Nicki Minaj est sorti depuis plus d’une semaine. Il reprend les codes de la rappeuse peu farouche, c’est-à-dire, le string et la pose sexuelle. Rien de bien nouveau, Lil’ Kim nous avait habitué au genre avec la version face, deux décennies plus tôt, et deux décennies plus tard, Nicki rempile avec la pile. Certains s’interrogent et d’autres se moquent mais en tout cas, la rappeuse américaine a su faire parler d’elle et c’était sûrement le but recherché. J’ai du mal à croire, qu’au-delà de véhiculer une image provoc’ par accoutumance, que ce cliché n’avait pas un destinataire bien précis. A se demander, si Nicki Minaj n’aurait pas tout simplement peur de la concurrence ?

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En abandonnant ses perruques et tous ses costumes incongrus, la rappeuse semblait s’être assagie pour de vrai. Nicki nous avait fait le plaisir de revenir plus sobre, plus racée et plus féminine que jamais, du moins jusque-là ! Le single Anaconda se positionne comme étant l’introduction officielle de sa nouvelle direction artistique 100% rap nommée The Pink Print. Malgré un CV plus varié tu meurs, une pléthore de collaborateurs de renom et pourtant rien n’y fait, Nicki nous fait du réchauffé, du Rihanna Minaj. On sait tous que Rihanna n’écrit pas, ne danse pas vraiment et beugle 12 mots (ou 14, à quelques mots près !) en patois jamaïcain pour faire un tube mais Nicki a toujours été plus que ça. Elle a un flow imparable, une patte vocale reconnaissable, une personnalité multiple et un flair de malade (pas toujours) !

Malgré tout ce foin foin marketing, je ne comprends pas ! On sait qu’elle est super bien gaulée et qu’elle ne l’a jamais cachée, au contraire. Il y a juste un truc que je ne pige pas, en fait. Il suffit de taper Nicki Minaj sur le net pour voir des photos interdites aux moins de 50 ans, c’est même pas ça le problème et ça n’étonne pas vraiment grand monde. Ce qui m’étonne c’est qu’elle ait choisi de se vendre (faut dire ce qui est !) de cette façon. Y a 10 millions de poses sexy dans la galaxie et elle a choisi la pose caca, le summum du vulgaire. Pardon !

Je ne suis pas la seule à trouver que c’est trop, le Huffington Post se demande même si Nicki Minaj ne serait rien d’autre que des fesses. La presse afro-américaine y va de son commentaire et tente d’expliquer les racines de son comportement en faisant un bond dans l’histoire de la femme noire déracinée jouant de ses atouts génétiques dans son papier The Real Problem with Nicky Minaj’s « Anaconda » Cover Art and a Black « Jezebel » Brand de Clutch. Des articles qui placent le débat sur cette éternelle question de l’instrumentalisation du corps de la femme dans les médias mais y a pas que ça !

Tarée, on le sait tous qu’elle l’est plus qu’un peu et même si la pose caca me laisse un peu perplexe, Nicki semble avoir toujours eu la tête sur les épaules. Non, pas qu’elle n’ait pas un boulard de malade, même si je doute que la totalité de la marchandise lui appartienne réellement, mais tout simplement parce qu’elle aurait pu mieux faire. En fait, non, elle aurait pu aussi ne rien faire ! Nicki Minaj nous ment depuis le début de cette histoire. La meuf a la trouille. La trouille de la concurrence qui porte le nom d’Iggy Azalea. Facile à deviner, depuis son discours pathétique au BET Awards à l’encontre de la rappeuse australienne, Iggy est devenue une réelle menace.

Fallait s’en douter, la popularité de la protégée de T.I lui fout les jetons. Ce qui explique sûrement pourquoi, il est important pour elle d’occuper l’espace médiatique. Un bon ou mauvais calcul, hum, je dirais plutôt un mauvais. Elle a réussi à concentrer l’attention sur ses fesses et pas sur ses textes. Le comble pour une rappeuse de talent apparemment dans l’insécurité. Et le cycle s’auto-alimente de lui-même : la presse s’empare de l’actualité pour nous pointer du doigt, les réseaux sociaux nous matraquent de mèmes hilarants (Marge Minaj était trop top !) et les noirologues en profitent pour nous faire part de leurs expertises inutiles. Super !

Et l’intéressée dans tout ça, qu’est-ce qu’elle raconte ? Ben, elle riposte à coups de photos de mannequins maigrelets aux derrières de nouveau-né sur Instagram pour légitimer son choix, s’associe à une autre trouillarde pour un remix de trouillardes intitulé Flawless et sort un extrait vidéo du très attendu Anaconda qui a intérêt à être aussi bon que sa promotion. Après avoir flingué l’innocence du peu d’esprit vierge restant ici-bas, tout va bien dans le meilleur des mondes pour Nicki et la suite dans un autre fessepisode !

Manda
28 juillet 2014

Dear White People

Dear White People est la satire de l’année qui a mis tout le monde d’accord. Primée par le Grand Jury du festival Sundance, le réalisateur Justin Siemen a lancé une bombe sociale qui ne risque pas d’exploser dans nos salles obscures. On y retrouve des têtes sympathiques du petit écran comme Tessa Thompson de Veronica Mars et Tyler James Williams alias Chris de Everybody Hates Chris qui a bien grandi depuis. Ce joyau sociologique sortira en octobre 2014 aux States pendant que nous nous taperons les péripéties d’un sans papier au doux prénom de Samba ou pire celle du fake Usain Bolt joué par Thomas N’jigol actuellement à l’affiche dans Fast Life. Ah, y a pas de justice !

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Pour son premier essai, le réalisateur n’est pas allé trop loin et a planté son décor dans une prestigieuse université américaine où Samantha White, interprétée par Tessa Thompson, est une étudiante rebelle qui crée une radio baptisée Dear White People émise sur le campus. Qui dit prestigieuse, dit bourrée de blancs ! On sait tout de suite de quoi ça va parler mais pas vraiment comment le message sera adressé. C’est là, le génie des satires à la sauce américaine, pas de victimisation juste une mise en lumière des constats véridiques et énervants de la vie d’un étudiant afro-américain dans une faculté prout prout.

Dear White People est finalement plus qu’une satire sociale de l’ère Obama, il est le reflet de toutes les universités du monde. Là, on parle d’être noir dans un milieu immaculé mais cela peut-être remplacé par n’importe quelle minorité raciale, sexuelle, sociale ou économique. En fait, le synopsis n’a rien de bien surprenant et d’irréaliste. Il met juste en exergue une frange de la jeunesse qui en a marre d’être encore une terre à explorer, un sujet à discuter ou des statistiques à commenter.

Allez franchement, soyons honnêtes, tout le monde veut être noir ou si vous préférez le super euphémisme qui déchire : black. Bouger les fesses comme une black, rapper comme une black, se taper un black ou parler même comme un black. Ouais, on frôle assez souvent la mauvaise imitation. J’ai même appris qu’il existe un mouvement de jeunes japonais, appelé B-stylers, qui rêvent d’être noirs mais j’ai juste l’impression que peu de gens savent ce que cela incombe réellement. On nous inculque dès l’enfance qu’il faut faire comme la masse, être dans la masse, se fondre dans la masse et encore aujourd’hui, malgré toutes les plates-formes de libre expression.

La révolution, c’est pour les combattants congolais expatriés, les gens qui n’ont pas de travail et s’imaginer changer le monde via une radio pirate ou pas, c’est encore pire ! C’est peut-être et c’est sûrement là que réside notre lâcheté, celle de croire que ce qui nous arrive en tant qu’individu ne peut pas avoir d’écho sur d’autres individus qui vivent la même chose. Mais on ne veut pas être le noir ou la noire de service qui casse l’ambiance et qui parle constamment de révolution, de réparation et de concertation.

Justin Siemen a lui eu le culot d’écrire une histoire drôle, décalée mais engagée sur la ténacité des clichés qui perdurent en Amérique et par extension dans le monde. En fait, Dear White People, c’est un peu notre histoire. Il répond de manière succincte et directe aux questions super bêtes dont a eu à faire face durant notre enfance, notre adolescence ou encore durant notre adulescence, ouais parce que les adultes sont parfois plus bêtes que les enfants !

En regardant le trailer, j’ai regretté mes années universitaires. J’ai regretté de ne pas avoir ouvert ma gueule un peu plus souvent. J’ai regretté d’avoir laissé faire quand on me touchait les cheveux comme un chiot abandonné ou encore quand mes camarades s’offusquaient de voir un fond de teint « marron », tout en sachant que ça me vexait pour de vrai mais comme on dit y a que les racistes qui parlent de race, non ?!

Manda
18 juillet 2014

Le néo-colonialisme voguéen

Vogue Korea célèbre en grande pompe ses 18 ans d’existence avec une édition spéciale pour le mois d’août 2014 intitulée The 18th anniversary. Pour l’occasion, la franchise asiatique a fait appel à une flopée de mannequins vedettes dont la Portoricaine Joan Smalls, la Sud-africaine Candice Swanepoel, la Polonaise Anja Rubik, les Britanniques Lily Donaldson et Karen Elson en Louis Vuitton by Nicolas Ghesquière. Super le name dropping de prestige mais ils où sont les mannequins coréens ? On n’y pige rien !

Toujours le même regard, les mêmes traits, la même maigreur, les mêmes poses et les mêmes créateurs qui migrent d’une marque à une autre. Ces 5 couvertures insipides sont un choix. Un choix qui n’a aucun sens et par-dessus tout qui ne colle pas à l’évènement. Cette dictature voguéenne s’étend sur un peu près sur tous les pays que Condé Nast Publications a colonisé. Il est vrai que la K pop culture n’offre pas de nombreuses possibilités cependant une préférence nationale se devait d’être présente sur, au moins, une couverture. Quoi, impossible de trouver une Coréenne chétive au teint blafard aux abords de la frontière qui sépare les deux frères ennemis ? Quand Vogue veut quelque chose, il l’obtient.

On a le sentiment que c’est l’anniversaire de Nicolas Ghesquière, pas celui de Vogue Korea. Et surtout, oui surtout que la rédactrice en chef Lee Myung Hee s’est vraiment pas foulé mais vraiment pas ! Allez, que je te placarde des modèles qui mettent tout le monde d’accord par facilité. Mais, c’est nul la facilité, il fallait du risque, du sang et de la sueur. Non, juste du risque et une once du patriotisme ! Puis c’est qui le chef, c’est bien Lee Myung Hee ? Franchement, on n’a pas l’impression. A part le texte écrit en hangeul, l’alphabet régional, le truc ressemble à une pâle copie du Vogue US ou, non en fait, de tous les Vogue de la galaxie !

Condé Nast Publications, c’est comme Mc Do : c’est du fast food pour les modeuses friquées. A défaut de manger de la nourriture solide, elles bouffent avec les yeux. Telle une chaîne de restauration rapide, le mensuel assemble des éléments et le changement s’opère de manière à ne, tout juste voire limite, pas froisser la population locale. Aussi simple que ça, le porc deviendra du boeuf et Prada laissera place à Gucci. Le packaging et la recette originelle restent analogues. En bonne ouvrière appliquée et bien payée, Lee Myung Hee s’en tient à la superposition des pièces-phares de la saison pour l’occasion la plus importante de l’année !

Vogue nous baratine depuis des lustres. Il ne renferme plus depuis un bail cette idée de splendeur chimérique, de mode hors d’atteinte et d’art contemporain inintelligible pour le commun des mortels désormais détenue par une pléthore d’individus disséminés ici et là. L’ancien faiseur de tendances vit aux rythmes des tendances imposées par la pop culture. La couverture avec Kim et Kanye pour Vogue US en est une parfaite illustration. Et, comme une secte en perte de vitesse avec des cellules dans le monde entier, Vogue CROIT dicter ce qui sera bien, beau, chic voire même horrible demain. En réalité, il ne lui reste plus qu’à croire !

Manda