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29 août 2014

Le complexe du Omar

Omar Sy est de retour dans l’hexagone. Après son périple américain, l’acteur préféré des Français revient à l’affiche d’un nouveau long-métrage intitulé Samba. Après le succès d’Intouchables, Eric Toledano et Olivier Nakache ont réuni la dream team autour de l’aura phénoménale de son acteur fétiche. Tahar Rahim, Charlotte Gainsbourg et Izia Higelin viennent suivre la cadence d’une routine bien huilée. Du beau monde qui présage une réussite tant critique et financière à cette comédie de rentrée tant attendue.

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Toledano et Nakache savent faire des films. Ils sont devenus les maîtres incontestés de la comédie sociale un brin comique, « réaliste » et maussade. Ils retranscrivent à merveille les relations improbables, les duos antagonistes et les moments de nudité émotionnelle en slow motion, pour donner l’impression que ça fait trop mal ! Sans compter sur la petite touche musicale hype et mélancolique d’un cousin DJ, d’un ancien pote de bar-mitzvah ou d’un contact inconnu de la scène underground.

Samba s’inscrit dans cette mouvance, avec un cran de complexité en plus, de faire un cinéma populaire, humain et ouvert sur les autres. Sauf que la situation sociale des autres n’a pas beaucoup bougé depuis les années 60. Une recette bien rodée qui reprend à la lettre les codes d’Intouchables. Le tétraplégique est ici, remplacé par un sans-papier. Excepté qu’on ne sait plus trop qui est tétraplégique dans l’histoire tant les personnages sont tous deux à la recherche de quelque chose idéalisé : la possibilité d’un séjour illimité pour l’un et la fin du spleen pour l’autre.

L’air de rien l’extrait me laisse sur ma faim, mais je me demande si je vais rire ou pleurer. Rire parce que ça sonne parfois véridique et pleurer parce que j’aimerais voir autre chose que des clichés. Tout le monde en a pour son grade. La bande-annonce ne nous dit malheureusement pas si Samba aura les papiers à la fin mais dans le coin de sa tête, il y pense quand même, et Charlotte, la plénitude extrême, le bonheur et l’orgasme à volonté. En somme, une amourette mixte intéressée sans intérêt, mouais, mon oeil !

N’oublions pas qu’Omar est l’ami des Français. Le noir sympathique qui ne fait peur à personne. Rien que pour son accent sénégalais forcé, j’ai envie d’aller voir le film. Sérieusement, cet accent est une perle. Il me rappelle les heures de gloire de Doudou pour le SAV de Canal + et le moment exact où je me suis dit qu’il était temps d’arrêter le SAV de Canal +, victime de son succès !

En fait, je me rends compte à quel point le paradoxe est super puissant. Dans la tête de Toledano et de Nakache, Omar est soit un mec de cité, un animateur de centre de loisirs, un auxiliaire de vie ou un sans-papiers à la limite de l’expulsion. Une perception en parfait décalage avec celle des Américains. Omar Sy est passé de super-héros mutant aux plaquettes de chocolat en fer dans un blockbuster à… rien.

Une ascension qui n’aura pas servi à grand-chose tant il se complaît à jouer le guignol de service avec naturel. Samba met en exergue l’incapacité des réalisateurs français à offrir une palette de rôles plus large à ses acteurs issus de la diversité. Je reste assez dubitative face à sa performance, une performance qui grappille le reste d’étincelle d’une collaboration visiblement en fin de vie. Autant dire que ça me rend mal l’aise pour lui, pour le Sénégal et pour la France entière !

Manda
15 août 2014

Funny Face

Emma Ferrer, la petite-fille d’Audrey Hepburn tape la pose pour l’édition de septembre d’Harper’s Bazaar réservée aux abonnés, 21 ans après le décès de celle-ci. Le name dropping ne s’arrête pas là, Michael, le petit-fils de son célèbre ami photographe de mode Richard Avedon, est derrière l’objectif. La rédaction a voulu mettre les bouchées doubles pour la rentrée d’automne 2014 et nous lâche une flopée de noms qui parlera aux anciens comme aux jeunots. Une double couverture qui se veut transgénérationnelle, portée par une postérité fashion qui n’a pas honte de profiter de son lignage. Un lignage qui leur permet de croire qu’ils n’ont plus besoin de faire comme le commun des mortels !

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Née un an après la mort de sa grand-mère, la jeune femme de 20 ans a le privilège de raconter sa life dans l’un des numéros les plus importants de l’année de Bazaar sans avoir eu le temps de la côtoyer. Elle insiste sur le fait d’avoir vu tous les films de mamie, comme la moitié des jeunes filles de la planète, tout en précisant qu’elle est bien plus qu’une actrice de grande renommée à ses yeux. Se contentant de sortir les clichés de famille dans lesquels elle n’apparaît pas pour attester de sa parenté avec celle que tout le monde adule encore. Une interview insipide qui ne révèle rien de bien croustillant sur Audrey Hepburn parce qu’au fond, c’est ce qu’on attend vraiment !

Au delà de ne pas savoir grand chose sur celle qui a enfanté son père, la presse s’accorde à dire qu’Emma Ferrer est la réincarnation de la star des années 50-60. Selon le Huffington Post, Emma serait « élégante, gracieuse et posséde une silhouette de danseuse et un visage singulier« . L’Express.fr va encore plus loin et titre que la « ressemblance avec l’actrice est frappante ». Suis-je la seule à ne pas être frappée par cette grande similitude ? Je dirais même que Linda Evangelista a bien plus de traits communs avec la défunte actrice que sa propre petite-fille. Bon sang peut parfois mentir !

Faut pas pousser les éloges, hein, de dos, on me dit souvent que je ressemble à Diana Ross et pourtant j’ai fait la couverture de nulle part ! Loin de moi l’idée de cracher sur le dos d’Emma Ferrer, ce n’est pas non plus un laideron, elle est très belle et son port de tête rappelle celui de sa grand-mère mais c’est tout ! Baser sa carrière sur un semblant de ressemblance, ça c’est du foutage de gueule à l’état pur. On nous l’avait vendu avec Lottie, la soi-disant relève de sa grande demi-soeur Kate Moss, et même les puristes ont crié au scandale.

Etre le fils ou la fille de, le neveu ou la nièce de, le frère ou la soeur de a toujours facilité les choses cependant je crains que le talent soit quelque chose d’héréditaire. La mode, synonyme de liberté, est devenue un truc de bourges, un cercle fermé. Je suis assez déçue que cette polarisation se concentre plutôt sur des noms que sur de vraies gueules atypiques. Emma a juste le mérite d’avoir un peu de sang d’Hepburn qui coule dans ses veines et ça, c’est censé ne pas avoir de prix. En tout cas, pour Harper’s Bazaar !

Malheureusement, mimer les poses de sa grand-mère paternelle ne fait pas cette jolie jeune fille, un mannequin qui mérite une double couverture d’un magazine prestigieux. La rédaction pense sûrement avoir fait une trouvaille de malade, à mon sens, cet angle manque réellement de substance. Au fond, on s’en fiche, ce qui nous intéresse c’est Audrey, pas une wannabe mannequin qui n’a jamais posé pour un magazine, voire même un catalogue de sa vie !

Le mensuel s’accroche à cette figure intemporelle comme un pot de colle et espère faire du blé sur ce qu’elle représente. Il manquerait plus que Vogue aille chercher la petite-nièce de Marylin Monroe ou la petite-fille d’Elvis Presley pour renchérir et tout faire capoter. En fait, je crois qu’à un moment, il faut arrêter d’entretenir l’image de ces personnalités féminines notoires décédées à en vomir. Comme si on ne pouvait pas les laisser reposer en paix pour de bon et laisser place à une nouvelle génération de mannequins et actrices de talent qui ne demandent que ça  !

Manda
4 août 2014

Nicki, la froussarde

Le visuel d’Anaconda, le nouveau single de Nicki Minaj est sorti depuis plus d’une semaine. Il reprend les codes de la rappeuse peu farouche, c’est-à-dire, le string et la pose sexuelle. Rien de bien nouveau, Lil’ Kim nous avait habitué au genre avec la version face, deux décennies plus tôt, et deux décennies plus tard, Nicki rempile avec la pile. Certains s’interrogent et d’autres se moquent mais en tout cas, la rappeuse américaine a su faire parler d’elle et c’était sûrement le but recherché. J’ai du mal à croire, qu’au-delà de véhiculer une image provoc’ par accoutumance, que ce cliché n’avait pas un destinataire bien précis. A se demander, si Nicki Minaj n’aurait pas tout simplement peur de la concurrence ?

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En abandonnant ses perruques et tous ses costumes incongrus, la rappeuse semblait s’être assagie pour de vrai. Nicki nous avait fait le plaisir de revenir plus sobre, plus racée et plus féminine que jamais, du moins jusque-là ! Le single Anaconda se positionne comme étant l’introduction officielle de sa nouvelle direction artistique 100% rap nommée The Pink Print. Malgré un CV plus varié tu meurs, une pléthore de collaborateurs de renom et pourtant rien n’y fait, Nicki nous fait du réchauffé, du Rihanna Minaj. On sait tous que Rihanna n’écrit pas, ne danse pas vraiment et beugle 12 mots (ou 14, à quelques mots près !) en patois jamaïcain pour faire un tube mais Nicki a toujours été plus que ça. Elle a un flow imparable, une patte vocale reconnaissable, une personnalité multiple et un flair de malade (pas toujours) !

Malgré tout ce foin foin marketing, je ne comprends pas ! On sait qu’elle est super bien gaulée et qu’elle ne l’a jamais cachée, au contraire. Il y a juste un truc que je ne pige pas, en fait. Il suffit de taper Nicki Minaj sur le net pour voir des photos interdites aux moins de 50 ans, c’est même pas ça le problème et ça n’étonne pas vraiment grand monde. Ce qui m’étonne c’est qu’elle ait choisi de se vendre (faut dire ce qui est !) de cette façon. Y a 10 millions de poses sexy dans la galaxie et elle a choisi la pose caca, le summum du vulgaire. Pardon !

Je ne suis pas la seule à trouver que c’est trop, le Huffington Post se demande même si Nicki Minaj ne serait rien d’autre que des fesses. La presse afro-américaine y va de son commentaire et tente d’expliquer les racines de son comportement en faisant un bond dans l’histoire de la femme noire déracinée jouant de ses atouts génétiques dans son papier The Real Problem with Nicky Minaj’s « Anaconda » Cover Art and a Black « Jezebel » Brand de Clutch. Des articles qui placent le débat sur cette éternelle question de l’instrumentalisation du corps de la femme dans les médias mais y a pas que ça !

Tarée, on le sait tous qu’elle l’est plus qu’un peu et même si la pose caca me laisse un peu perplexe, Nicki semble avoir toujours eu la tête sur les épaules. Non, pas qu’elle n’ait pas un boulard de malade, même si je doute que la totalité de la marchandise lui appartienne réellement, mais tout simplement parce qu’elle aurait pu mieux faire. En fait, non, elle aurait pu aussi ne rien faire ! Nicki Minaj nous ment depuis le début de cette histoire. La meuf a la trouille. La trouille de la concurrence qui porte le nom d’Iggy Azalea. Facile à deviner, depuis son discours pathétique au BET Awards à l’encontre de la rappeuse australienne, Iggy est devenue une réelle menace.

Fallait s’en douter, la popularité de la protégée de T.I lui fout les jetons. Ce qui explique sûrement pourquoi, il est important pour elle d’occuper l’espace médiatique. Un bon ou mauvais calcul, hum, je dirais plutôt un mauvais. Elle a réussi à concentrer l’attention sur ses fesses et pas sur ses textes. Le comble pour une rappeuse de talent apparemment dans l’insécurité. Et le cycle s’auto-alimente de lui-même : la presse s’empare de l’actualité pour nous pointer du doigt, les réseaux sociaux nous matraquent de mèmes hilarants (Marge Minaj était trop top !) et les noirologues en profitent pour nous faire part de leurs expertises inutiles. Super !

Et l’intéressée dans tout ça, qu’est-ce qu’elle raconte ? Ben, elle riposte à coups de photos de mannequins maigrelets aux derrières de nouveau-né sur Instagram pour légitimer son choix, s’associe à une autre trouillarde pour un remix de trouillardes intitulé Flawless et sort un extrait vidéo du très attendu Anaconda qui a intérêt à être aussi bon que sa promotion. Après avoir flingué l’innocence du peu d’esprit vierge restant ici-bas, tout va bien dans le meilleur des mondes pour Nicki et la suite dans un autre fessepisode !

Manda
28 juillet 2014

Dear White People

Dear White People est la satire de l’année qui a mis tout le monde d’accord. Primée par le Grand Jury du festival Sundance, le réalisateur Justin Siemen a lancé une bombe sociale qui ne risque pas d’exploser dans nos salles obscures. On y retrouve des têtes sympathiques du petit écran comme Tessa Thompson de Veronica Mars et Tyler James Williams alias Chris de Everybody Hates Chris qui a bien grandi depuis. Ce joyau sociologique sortira en octobre 2014 aux States pendant que nous nous taperons les péripéties d’un sans papier au doux prénom de Samba ou pire celle du fake Usain Bolt joué par Thomas N’jigol actuellement à l’affiche dans Fast Life. Ah, y a pas de justice !

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Pour son premier essai, le réalisateur n’est pas allé trop loin et a planté son décor dans une prestigieuse université américaine où Samantha White, interprétée par Tessa Thompson, est une étudiante rebelle qui crée une radio baptisée Dear White People émise sur le campus. Qui dit prestigieuse, dit bourrée de blancs ! On sait tout de suite de quoi ça va parler mais pas vraiment comment le message sera adressé. C’est là, le génie des satires à la sauce américaine, pas de victimisation juste une mise en lumière des constats véridiques et énervants de la vie d’un étudiant afro-américain dans une faculté prout prout.

Dear White People est finalement plus qu’une satire sociale de l’ère Obama, il est le reflet de toutes les universités du monde. Là, on parle d’être noir dans un milieu immaculé mais cela peut-être remplacé par n’importe quelle minorité raciale, sexuelle, sociale ou économique. En fait, le synopsis n’a rien de bien surprenant et d’irréaliste. Il met juste en exergue une frange de la jeunesse qui en a marre d’être encore une terre à explorer, un sujet à discuter ou des statistiques à commenter.

Allez franchement, soyons honnêtes, tout le monde veut être noir ou si vous préférez le super euphémisme qui déchire : black. Bouger les fesses comme une black, rapper comme une black, se taper un black ou parler même comme un black. Ouais, on frôle assez souvent la mauvaise imitation. J’ai même appris qu’il existe un mouvement de jeunes japonais, appelé B-stylers, qui rêvent d’être noirs mais j’ai juste l’impression que peu de gens savent ce que cela incombe réellement. On nous inculque dès l’enfance qu’il faut faire comme la masse, être dans la masse, se fondre dans la masse et encore aujourd’hui, malgré toutes les plates-formes de libre expression.

La révolution, c’est pour les combattants congolais expatriés, les gens qui n’ont pas de travail et s’imaginer changer le monde via une radio pirate ou pas, c’est encore pire ! C’est peut-être et c’est sûrement là que réside notre lâcheté, celle de croire que ce qui nous arrive en tant qu’individu ne peut pas avoir d’écho sur d’autres individus qui vivent la même chose. Mais on ne veut pas être le noir ou la noire de service qui casse l’ambiance et qui parle constamment de révolution, de réparation et de concertation.

Justin Siemen a lui eu le culot d’écrire une histoire drôle, décalée mais engagée sur la ténacité des clichés qui perdurent en Amérique et par extension dans le monde. En fait, Dear White People, c’est un peu notre histoire. Il répond de manière succincte et directe aux questions super bêtes dont a eu à faire face durant notre enfance, notre adolescence ou encore durant notre adulescence, ouais parce que les adultes sont parfois plus bêtes que les enfants !

En regardant le trailer, j’ai regretté mes années universitaires. J’ai regretté de ne pas avoir ouvert ma gueule un peu plus souvent. J’ai regretté d’avoir laissé faire quand on me touchait les cheveux comme un chiot abandonné ou encore quand mes camarades s’offusquaient de voir un fond de teint « marron », tout en sachant que ça me vexait pour de vrai mais comme on dit y a que les racistes qui parlent de race, non ?!

Manda