20 janvier 2016

Doit-on, tout simplement, apprendre à enterrer nos morts ?

A seulement 33 ans, la photographe franco-marocaine Leïla Alaoui est décédée des suites de ses blessures à Ouagadougou au Burkina Faso. Elle fait désormais partie de la longue liste des victimes attribuée au terrorisme. Ces événements ne sont plus des cas isolés. Ils ont lieu à des terrasses de cafés, durant des concerts et dans la rue, la plus banale qui soit parfois, à des heures d’affluences pour imposer la peur et la haine de l’autre. Correspondante de paix, son regard était dirigé sur ceux dont on parle peu : les migrants, les sans-abri et les oubliés de la société. Une triste nouvelle qui laisse une génération meurtrie. Le climat d’insécurité actuelle doit-il être l’occasion pour nous d’apprendre à enterrer nos morts ?

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Je ne vais rien vous apprendre de nouveau, les mots de désarroi et de révolte fusent. Ce 15 janvier 2016 fait malheureusement partie de notre lot quotidien. La presse s’en mêle, Le Bondy Blog titre Leïla Alaoui, mouvance photographique et Le Monde présente sobrement ses hommages. On se dit juste, à qui le tour ? Ouais, à qui le tour ? Leïla Alaoui faisait partie des bons, de ceux qui croyaient en la beauté de l’humanité. C’est un peu naïf mais dans ce monde, c’est une prédisposition à haut risque. Mourir pour avoir aimé l’autre, ce n’est pas monnaie courante !

Née à Paris et grandit à Marrakech. Elle étudie à la City University de New York, vivait et travaillait entre le Maroc et le Liban. Leïla se rendait au Burkina Faso dans le cadre d’une série photo sur les droits des femmes pour Amnesty International. Un projet qui associaient l’ADN et les convictions humanistes de la photographe. La Franco-marocaine ne laissait plus personne insensible. Plébiscitée par Vogue et New York Times, ses clichés continuent à émouvoir la planète. The Moroccans reste de loin son exposition la plus époustouflante, une ode, dans les règles de l’art, à son pays : le Maroc où elle sera enterrée.

Pour être honnête, j’ai exclu, très tôt, l’idée de sillonner la planète comme le légendaire Bernard de La Villardière. Squatter auprès de la Mara au Honduras ou au fin fond du Kivu en aide aux victimes de viols, très peu pour moi. J’ai tout suite su qu’avec ma tête de renoi, y avait des endroits où je ne pouvais pas mettre les pieds. C’est triste à dire mais la haute probabilité de ne pas revenir entière à guider mes choix sur quelle journaliste je voulais être.

Ouagadougou, Paris, Bruxelles et sur la terre entière nous ne sommes plus en sécurité nulle part. C’est en tout cas le sentiment général. La planète est à feu et en sang. Et les premières victimes sont vous et moi, des gens qui n’en ont rien à cirer des revendications de l’Etat islamique. Malgré tout ça, nous sommes leurs cibles pour accroître ce climat d’insécurité et ainsi imposer la suspicion et l’oppression dans nos pays dits de liberté d’expression, de  mouvement et de pensée.

Toutes ces questions me trottent dans ma tête : comment ces gens peuvent-ils agir avec une telle impunité ? Je n’essaie plus de comprendre mais j’accepte cette situation en me recommandant chaque jour au ciel pour ne pas me retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Au fond, quelle belle façon de mourir en ayant accompli ce pour quoi l’on existe. Il ne nous reste qu’à nous délecter devant l’oeuvre de cette artiste qui laisse un « putain » de grand vide dans le photojournalisme.

Dans cette histoire, mes pensées vont à toutes les victimes, des anonymes aux illustres combattants pour la paix. Mon coeur de journaliste se dirige tout naturellement envers ceux qui m’inspire chaque jour. Ces fous de l’information vraie, ces photographes et reporters qui sillonnent la terre afin de nous inonder d’images et de témoignages à couper le souffle. Guidés par leur envie d’écarter nos regards, juste un instant, du bling-bling, de ce qui saute aux yeux. Y a pas que les Yeezy et Huda Beauty dans la vie !

Ceux qui content avec bravoure l’histoire d’inconnus flamboyants. Elle nous amenait dans cette Arabie magnifique perdue, à tort, dans les méandres du terrorisme. La disparition de cette jeune et illustre anthropologue franco-marocaine m’a particulièrement touché. En tant qu’africaine mais aussi en tant que française issue de l’immigration, j’ai grave de la peine. On a souvent le désir ardent d’être animé par une cause mais peu de gens sont capables de mourir pour celle-ci. Leïla Alaoui était l’une d’entre eux.

Manda
11 janvier 2016

Girl Power

Amandla Stenberg est la candidate idéale pour l’édition de Teen Vogue. Elle est jeune, pote avec la coqueluche Tavi Gevison, pas trop noire pour que ce soit agressif (et oui, le bon vieux colorism à la vie longue !) mais pas blanche non plus pour se permettre de donner un avis sur la chose. Un joli coup marketing afin de faire une pierre de deux coups : la beauté et la vision. En plus d’être jolie, la jeune actrice connue pour avoir interprété Rue dans le premier volet d’Hunger Games, nous transporte dans l’Amérique des années 70 et parfois 80. Des décennies, qu’elle n’a bien sûr pas connu mais dont son discours reflète son intemporalité. En compagnie de Solange Knowles, elles remettent les points sur les i et cassent les stéréotypes dont la femme noire est souvent affublée. Grande habituée de cet exercice, Amandla profite de cette plateforme internationale pour étendre son engagement et s’épancher dans une vidéo sur les remarques que les femmes noires en ont marre d’entendre.

HELLO

Il n’y a pas d’âge pour se consacrer et militer pour une cause. La cause raciale prend des dimensions différentes en fonction du continent. Nous sommes plus familiers avec le mouvement des droits civiques en faveur de la communauté afro-américaine alors que des mutations sont en marche dans de nombreux pays. Internet est souvent le principal vecteur de la promotion de l’égalité. Je suis convaincue qu’il n’y a pas d’âge pour participer au débat et ainsi offrir un peu de fraîcheur à ce combat vieux comme la nuit des temps. La pop culture, la mode, la musique et désormais les médias se réapproprient ce sujet délicat le temps d’une couverture ou autour d’une personnalité active sur ce thème.

On a parfois le sentiment que le racisme tel qu’il est présenté dans les manuels scolaires n’est plus d’actualité (à voir, dans certaines parties du monde, c’est encore le cas !) avec les chaines d’une tonne, le marquage au fer rouge, l’apartheid, les insultes et crachats en pleine rue. Je crois qu’il existe une réelle ségrégation sociale (mais raciale au fond) car les gens aux bas revenus sont majoritairement des descendants d’immigrés voire des étrangers tout court. Les anciens esclaves et colonisés, en gros. Il suffit d’aller dans le XVIème arrondissement de Paris pour observer la manière dont les richesses sont attribuées au sein de la famille (blanche de préférence), à part si un des fils tombe sur une (vraie !) Camerounaise (aux dents longues!) !

Avec tout l’optimisme de l’univers qui me caractérise, cette utopie universaliste ne m’atteint pas le moins du monde. On nous invoque des tendances à suivre pour occulter les vraies questions dont ma génération doit faire face. Dans chaque coin du monde, il existe une hiérarchie raciale où la femme noire se trouve bien sûr en bas de l’échelle et cela peu importe le continent. Elle est admirée quand il s’agit de se déhancher sur du Beyoncé le temps d’une émission super marrante et apprécier pour sa plastique quand elle est dans des positions peu flatteuses mais quand elle l’ouvre sur les réalités de ses conditions, c’est autre chose. Si je suis féministe parce que la tendance le dicte ? Non, pas le moins du monde. A mon humble avis, nous devrions arrêter de lire ces torchons censés nous éduquer là-dessus et forger notre propre esprit critique.

Le féminisme n’est pas né grâce à l’impulsion de Beyoncé, Lena Dunham et toutes celles qui se disent marketingement descendantes de ce mouvement, qui n’en est pas un d’ailleurs. Quand ma mère me raconte ses difficultés à accession à un compte personnel, à l’époque, ainsi que ses ruses pour le garder ou encore le simple désir de conduire une voiture, je rougis face à nos revendications dites plus contemporaines que jamais. Tout en moi se remue à l’idée que c’est l’une des seules façons que les magazines dits féminins ont choisi de nous caractériser. Je ne me retrouve pas dans cette vision édulcorée du féminisme pop culturel. Cette idée que la liberté consiste à se sentir heureuse à poil en public et gagner plus que son conjoint en espérant rentrer tard en mettant ses (hypothétiques) couilles sur la table. Ma féminité, l’appartenance à mon genre n’est pas une maladie.

Les médias brûlent les étapes et parfois nous suivons comme des moutons. C’est certain que j’en ai marre qu’on me pose des questions sur la texture de mes cheveux, de me battre pour trouver la couleur de mon fond de teint ou de subir une certaine discrimination à l’embauche parce que mon père ne bosse pas à Canal Plus. Il est évident que la société dans laquelle nous sommes roule à deux vitesses, voire quatre et qu’il faille jouer des coudes pour changer de voie. Alors, je suis fâchée quand le mainstream n’arrange pas les choses et déplace le débat de l’égalité dans la sphère de l’intimité. La sexualité d’Amandla, je m’en botte, la bisexualité est la nouvelle tendance. Qui elle embrasse et avec qui elle couche ne me regarde pas et à 17 ans, elle aura surement changé d’avis d’ici-là ou pas et ça, ne me regarde pas !

Manda
8 janvier 2016

Michelle Phan, l’icône digitale

A 28 ans, Michelle Phan est une business woman féroce et de génie. Ipsy, la boîte dont elle est la fondatrice vaut aujourd’hui plus de 500 millions de dollars. Une réelle preuve de persévérance pour cette fan d’arts plastiques qui a commencé ces tutorials oniriques sur la plateforme de partage vidéos YouTube. En août 2013, elle se lance dans la création d’une marque de maquillage, EM, en partenariat avec L’Oréal et l’année suivante, la publication d’un guide sur la beauté intitulé Makeup: Your Life Guide To Beauty, Style, And Success – Online And Off. Fidèle à sa stratégie de proximité, Forbes la propulse au rang des 30 personnalités les plus influentes de moins de 30 ans. Internet crée-t-il encore des entrepreneurs authentiques ?

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Aujourd’hui, personne ne peut nier la force de frappe de l’empire Michelle Phan. Depuis quelques années, l’Américaine d’origine Vietnamienne se hisse au top de l’entreprenariat en y mettant de sa personne. Son parcours est remarquable. Elle poste sa première vidéo sur YouTube en 2007 comme des millions de filles férues de make up à l’époque et crée une narration autour de quelque chose d’aussi euh… superficiel que le maquillage. C’est en ça qu’elle crée une révolution. L’observer se poser du fard à paupière avec grâce s’apparente à un quasi-orgasme, sans exagération. Les folles de maquillage savent de quoi je parle. Son potentiel de vente, quelque peu singulier, n’est pas passé inaperçu. Elle a le don de rendre les sceptiques complètement gaga.

Et quand Michelle Obama use sa plateforme pour faire connaître sa cause en faveur de l’éducation des jeunes filles, c’est le buzz assuré. Michelle ( ben, Phan) est juste magnifique et encore plus intéressante. L’utilisation de sa plateforme digitale à des fins politiques dans un sens et charitables dans un autre montre la force de frappe de son influence sur le net. En lui octroyant ce moment en sa compagnie, la première dame des Etats-Unis bénéficie d’une audience qui dépasse les millions de vues. Une promotion presque gratis étant donné que la jeune entrepreneur de génie travaille son image de marque avec brio et par la même occasion octroie une visibilité à la communauté asiatique. Je suis parfois subjuguée par la brillance de communication des Américains. Parfois, je les trouve bêtes et des fois super brillants !

C’est un pur plaisir de la regarder, premièrement parce qu’elle a une sale tête comme nous toutes sans make-up et surtout, parce qu’elle se la pète pas pour le moins du monde. Certes, ces vidéos sont en une résolution qui excède la HD et que ça change de celles de ses humbles débuts mais on ne peut pas le nier, Michelle Phan est restée la même, avec plus de fric. Je tenais à le noter. C’est peut-être, non, c’est surement cela qui participe à la longévité de sa carrière sur le web. Les gens ont envie de voir une fille lambda réussir. Ce sont envers les fils et les filles de bourg’ que nous en avons après. Au fond, on croit qu’en soutenant, elle nous soutiendra. C’est pas complètement vrai mais Michelle continue à perdurer grâce à le soutien de sa fanbase.

C’est un phénomène générationnel, Internet a créé des carrières et continue à le faire. Michelle Phan est la preuve manifeste que le web est un outil novateur qui transcende les barrières des origines sociales, raciales et de genres. Je crois que le terme icône lui va si bien et qu’il ne devrait pas seulement être attribuer à une chanteuse en justaucorps se déhanchant comme si sa vie était en danger. Pour sa génération, elle représente le succès et l’épanouissement personnel. En gros, on se projette dans sa réussite. Si ce n’est pas vous, moi si !  Le magazine américain Nylon, l’a bien compris et la couverture parle d’elle-même. Michelle Phan a relevé le défi de faire de sa passion son boulot et de la partager avec tous. Go, girl !

Manda
23 décembre 2015

La madonne

Adele faisait partie des « New Amys » à l’instar de Duffy, cette bande d’anglaises ayant avalé des chanteuses afro-américaines soul des années 1960. Pas si torturée et névrosée que la défunte Amy Winehouse, Adele a fait son trou et fait désormais partie de ma playlist post-rupture préférée, au même titre que John Legend. En couverture du Time : The Year Ahead, la Londonienne culmine au top des artistes à abattre. La vidéo d’Hello, single issu de son nouvel album 25, a été visionnée plus 28 millions de fois sur YouTube. Je me souviens l’avoir entendu pour la première fois avec le morceau Hometown Glory de son premier opus 19. Je crois que ce fut le jour où elle a volé mon coeur. Loin des stéréotypes en vogue dans la musique, Adele fait figure d’ovni. Qui donnait cher de sa peau ?adele-final-768x1024

C’est assez étrange de dire ça en 2015 mais Adele se couvre. Son visage est si angélique, comme s’il avait été peint. C’est son côté Joconde. Montrer autre chose aurait simplement pu amoindrir sa beauté. J’aime les femmes qui s’assument dans le milieu de la musique ou plutôt dans l’industrie impitoyable de la musique, celle qui a réussi à focaliser nos regards sur le physique. Adele est une chanteuse à voix magnifique, qui ne doit ni perdre de poids seulement et seulement si sa santé l’exige. Tiens dans ta tronche Karl, Lagerfeld bien sûr ! Vêtue de son manteau rouge, d’un regard bleu à couper le souffle et d’un eye liner impeccable, elle gagne son pari, celui de gagner nos coeurs sans bouger son derche.

La couverture du Time est magnifique, je me répète. L’article Adele Is Music’s Past, Présent and Future, résume assez bien l’intemporalité dans laquelle elle nous emmène. Son son est actuel et il le sera pendant de très longue décennie. Raconter les déboires de toutes les femmes (et de tous les hommes) fige  nos émotions dans le temps. Someone Like You, Hometown Glory, Hello et tant d’autres morceaux sont autant de moment de catharsis que peu d’artistes féminines ont atteint. Je reste convaincue que sa formule sera toujours contemporaine car tant qu’il y aura des hommes, il y aura de la peine. Et ça, c’est peu dire !  En tout cas, elle est devenue millionnaire grâce à nos peines de coeur. Cette couverture mérite sa place dans un salon.

 Je suis toujours intriguée par les couvertures d’Adele. Celle pour Rolling Stone, en peignoir et sans maquillage, m’avait déjà intrigué mais apparemment, elle récidive. Ca aurait pu être une bonne pub pour Chanel. Dans sa pose fétiche, la meuf est juste statuesque. Elle a un truc iconique dont je suis tellement fan. Et parfois, c’est bien plus que ça (même si ça c’est déjà un truc énorme !), pour moi, elle représente un réel phénomène qui dépasse l’aspect musical. Sa présence est une bouffée d’air frais dans un monde de l’image prégnant. Sa musique parle vraiment à nos souvenirs, émotions et sensations. La notion de marketing est certes présente mais c’est l’une des seules chanteuses pop/soul à chanter avec ses tripes.

Je crois que c’est tout naturellement qu’elle enchante la couverture du Time Magazine. Premièrement parce que c’est une bosseuse, et deuxièmement car elle est carrément hors de portée des minettes du moment. Elle, c’est une femme. La Grande-Bretagne fabrique les artistes les plus remarquables de cette décennie. A 27 ans, cette ancienne boulotte à la coupe au bol défie les pronostics. Hello est devenu un hymne à la rupture, une histoire à laquelle nous pouvons tous nous identifier. Elle a enfin su mettre les mots là où parfois nous mettons des larmes. C’est peut-être ça le féminisme made in 2016. C’est pour cette raison que cette artiste est si pertinente car elle reste la meuf de South London, avec des fringues plus chères, quand même !

Manda