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18 juillet 2014

Le néo-colonialisme voguéen

Vogue Korea célèbre en grande pompe ses 18 ans d’existence avec une édition spéciale pour le mois d’août 2014 intitulée The 18th anniversary. Pour l’occasion, la franchise asiatique a fait appel à une flopée de mannequins vedettes dont la Portoricaine Joan Smalls, la Sud-africaine Candice Swanepoel, la Polonaise Anja Rubik, les Britanniques Lily Donaldson et Karen Elson en Louis Vuitton by Nicolas Ghesquière. Super le name dropping de prestige mais ils où sont les mannequins coréens ? On n’y pige rien !

Toujours le même regard, les mêmes traits, la même maigreur, les mêmes poses et les mêmes créateurs qui migrent d’une marque à une autre. Ces 5 couvertures insipides sont un choix. Un choix qui n’a aucun sens et par-dessus tout qui ne colle pas à l’évènement. Cette dictature voguéenne s’étend sur un peu près sur tous les pays que Condé Nast Publications a colonisé. Il est vrai que la K pop culture n’offre pas de nombreuses possibilités cependant une préférence nationale se devait d’être présente sur, au moins, une couverture. Quoi, impossible de trouver une Coréenne chétive au teint blafard aux abords de la frontière qui sépare les deux frères ennemis ? Quand Vogue veut quelque chose, il l’obtient.

On a le sentiment que c’est l’anniversaire de Nicolas Ghesquière, pas celui de Vogue Korea. Et surtout, oui surtout que la rédactrice en chef Lee Myung Hee s’est vraiment pas foulé mais vraiment pas ! Allez, que je te placarde des modèles qui mettent tout le monde d’accord par facilité. Mais, c’est nul la facilité, il fallait du risque, du sang et de la sueur. Non, juste du risque et une once du patriotisme ! Puis c’est qui le chef, c’est bien Lee Myung Hee ? Franchement, on n’a pas l’impression. A part le texte écrit en hangeul, l’alphabet régional, le truc ressemble à une pâle copie du Vogue US ou, non en fait, de tous les Vogue de la galaxie !

Condé Nast Publications, c’est comme Mc Do : c’est du fast food pour les modeuses friquées. A défaut de manger de la nourriture solide, elles bouffent avec les yeux. Telle une chaîne de restauration rapide, le mensuel assemble des éléments et le changement s’opère de manière à ne, tout juste voire limite, pas froisser la population locale. Aussi simple que ça, le porc deviendra du boeuf et Prada laissera place à Gucci. Le packaging et la recette originelle restent analogues. En bonne ouvrière appliquée et bien payée, Lee Myung Hee s’en tient à la superposition des pièces-phares de la saison pour l’occasion la plus importante de l’année !

Vogue nous baratine depuis des lustres. Il ne renferme plus depuis un bail cette idée de splendeur chimérique, de mode hors d’atteinte et d’art contemporain inintelligible pour le commun des mortels désormais détenue par une pléthore d’individus disséminés ici et là. L’ancien faiseur de tendances vit aux rythmes des tendances imposées par la pop culture. La couverture avec Kim et Kanye pour Vogue US en est une parfaite illustration. Et, comme une secte en perte de vitesse avec des cellules dans le monde entier, Vogue CROIT dicter ce qui sera bien, beau, chic voire même horrible demain. En réalité, il ne lui reste plus qu’à croire !

Manda
1 juillet 2014

Glam’survivor

La couverture de The Australian Women’s Weekly a fait le tour du monde. La rédactrice en chef Helen McCabe a fait le choix d’aller à l’encontre des règles établies pour nous offrir une couverture hors de toutes attentes. En plébiscitant une femme ordinaire au parcours extraordinaire au détriment d’un mannequin en vogue pour son édition de juillet, Helen McCabe a fait sortir Women’s Weekly de son anonymat. Turia Pitt est une ingénieure, athlète, auteure et motivational speaker (en gros, elle motive les gens) brulée à 65%, n’est-ce pas un peu audacieux, tout ça ?

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Ce serait mentir de dire que cette couverture est magnifique dans le sens usuel du terme et qu’elle ne me rend pas mal à l’aise. Je ne suis pas habituée à voir une femme à moitié calcinée en couverture d’un titre national. L’Australie regorge de surfeuses blondes au corps bien huilé squattant les kilomètres et les kilomètres de plages de ce pays-continent. Pourquoi s’attarder sur un modèle aux traits brouillons ?

Désolée d’être aussi rabat-joie mais les histoires de survie ne datent pas d’aujourd’hui. Glamour, Teen Vogue, Elle, Madame Figaro, Femina et j’en passe, ont leur lot de cas Téléthon entre une publicité pour Gucci et une autre pour la nouvelle collection de vernis Chanel, le seul vrai truc que l’on peut vraiment se payer sans y laisser un bras ! Difficile de capter notre attention quand un joli sac griffé nous fait de l’oeil ou qu’un enfant au nez qui coule gueule comme un fou dans une salle d’attente bondée. Puis d’ailleurs un magazine ne se lit pas, il se survole !

C’est là qu’Helen McCabe et toute sa clique interviennent. En inversant la logique éditoriale primée par toutes les éditions de la galaxie, Turia Pitt s’est retrouvée en couverture de Women’s Weekly Australia. Un coup de poker inattendu et presque bouleversant. Les gens ne cherchent pas à s’identifier mais plutôt à rêver. Ca sert à ça un magazine ! Fantasmer sur la robe taille 26 de la saison automne-hiver de maison trucmuche fait en toile de yorkshire et s’imaginer (tout en bouffant un gras et bon burger !) s’offrir le corps photoshopée de machin dans un décor de malade.

Prise au piège par un feu à l’Ouest la région Kimberley en Australie alors qu’elle courait un marathon organisé par une oeuvre de charité. Sa vie bascule en septembre 2011. Turia survit et s’en sort avec un visage complètement déformé et de nombreuses lésions physiques visibles. Rien à voir avec un mannequin bankable et banal, il lui reste 3 doigts, un nez qu’on peine à déceler, un bête de regard et une histoire tragique. Et qu’est-ce qu’elle fait ? Ben, elle écrit Everything to Live For: The Inspirational Story of Turia Pitt et continue à participer aux évènements sportifs avec en-tête le désir de devenir la preuve vivante que l’on peut vivre malgré une apparence physique pas vraiment esthétique.

Puis nous ne sommes pas dupes, derrière les belles histoires se cachent une flopée de chiffres. Ce numéro de juillet risque de rentrer dans les annales. Ce n’est pas de l’altruisme mais du business. J’apprécie cette façon audacieuse de voir les choses. Avoir eu le culot de faire un pas vers l’humain, c’est un pari fou. Un plan qui aurait pu capoter mais non, Turia ne manque pas d’assurance, elle savoure son moment à 1000%. Sapée et difficilement maquillée (faut le dire !), elle tape fièrement la pose et son body langage nous raconte une tout autre histoire : « J’ai peut-être 3 doigts et la face complètement écrabouillée, je m’en tape b*****, je fais la couverture de Women’s Weekly! ». Pfff, rien que pour ça, je suis un peu jalouse !

Manda
26 juin 2014

La garota seulement de Ipanema

Monopolisant les couvertures de magazine de la galaxie, Super Gisele a pour mission de susurrer son amour pour la Seleção dans toutes positions lascives qui existent et elle se débrouille pas mal ! Vogue Brasil en duo avec Neymar, Marie Claire, Elle toutes les publications sont de la partie. Rien n’est laissé au hasard, la star parle football, mange football et nous rappelle que la religion du pays (on l’avait vu venir celle-là) est le football. La présence Gisele nous amène à croire (avec beaucoup de réserve, bien sûr !) que la victoire leur appartient déjà. Bon ça, on verra le moment venu. C’est facile de faire appel à un top model chauvin et passionné de sport pour promouvoir ce que les Brésiliens pensent avoir de plus important au monde. Ca manque juste de vrai, d’humilité et de proximité, au antipode de ce qu’est une compétition internationale : une fête populaire !

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Une communication immaculée, voilà ce que nous sert le Brésil durant cette Coupe du Monde 2014, du rechauffé et toujours du rechauffé. L’omniprésence de Gisele Bündchen montre que le combat pour la représentation juste de la diversité est encore un processus de haute voltige. Les petits vendeurs des favelas au abord des stades ont été remplacés par des vendeurs estampillés FIFA. Attachée à ses standards européens, elle a préféré poser son dévolu sur Gisele. Evincée du protocole la présidente brésilienne Dilma Rousseff se voit donc retirer le droit de donner la coupe aux heureux gagnants. Super l’ambiance !

C’est là que je me dis que Dilma et la FIFA n’ont rien pigé ! Et si Brésil ne gagnait pas ? A part si la FIFA en décide autrement, c’est une éventualité non négligeable. Neymar n’a pas l’expérience d’un Ronaldo, Kaka ou Ronaldihno et ses frêles épaules sont bien trop petites pour une telle pression. La pure magie aurait été d’inclure les gens du commun, le peuple, oui, ceux qui paie le lourd tribu de cette compétition mondiale. A défaut de paraître mauvaise joueuse et mauvaise langue, j’ai dû mal à croire que la FIFA n’ait pas encore désigné un gagnant d’avance ou de façon plus politiquement correcte, un favori !

Malgré toute sa bonne volonté et son enthousiasme sans égal, Gisele est bien loin de cette réalité depuis un bail. Sa carrière est certes prolifique et transversale mais son corps crie : « LUXURE !!!!« . Les dernières marques à lui avoir mis le grappin dessus sont Isabel Marant et Balanciaga. Un manteau, euh nan un t-shirt en solde, de la marque équivaut au salaire minimum du brésilien moyen. Et encore, je ne suis même pas sûre que Balanciaga fasse les soldes !

Un décalage de malade qui ne semble gêner personne ! A mon humble avis, je crois que l’actrice Camila Pitanga aurait pu être le compromis parfait car elle est le juste syncrétisme entre identification et célébration des racines afro-brésiliennes. Pas le noir agressif qui fait écho à la pauvreté mais une clarté un peu plus mainstream afin d’inviter les gringos à penser au-delà des éternels clichés samba/tanga/Copacabana/Capirinha/Capoeira. C’est horrible de penser de la sorte mais c’est exactement de cette manière que fonctionne le monde de la publicité et au Brésil, c’est encore plus space !

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Les jeux sont une occasion pour tous les gouvernements en place de faire table rase des erreurs politiques, économiques et idéologiques passées et Dilma a une sacrée ardoise à effacer comme son management brut de pommes avant le mondial. Installations barbares, scandales de corruption agrémentés d’une économie fragile et d’un racisme qui n’en finit pas de sévir, je sens que les élections d’octobre prochain risquent d’être folklo. Faire appel à une ex-volleyeuse pour représenter le pays est certes judicieux d’un point de vue esthétique mais pas suffisant pour créer une émulation populaire significative. Un constat qui nous rappelle que le Brésil est encore un peu trop immature, à l’image de son équipe nationale !

Manda
20 juin 2014

Le gang des pervers à lunettes

Terry Richardson n’est plus à présenter. Il est LE photographe de la pop culture et comme dans cul-ture, il y a cul, il a pris la décision d’en faire un business. Un business acclamé par tous, oui, parce qu’il faut vraiment être culotté pour déculotter toutes les startlettes de la pop cul-ture. Lui, ça ne le dérange, en plus, il adore ça ! Tout le monde passe devant son objectif les pouces levés, l’histoire aurait simplement pu s’arrêter-là mais non, Terry fait partie d’une catégorie d’artistes qui ne se contente pas de regarder mais qui aime se servir au passage, chez ses modèles moins VIP sinon ça n’a pas de sens. Adulé pour peu de temps, son agenda ne désemplit pas (…encore) et montre bien qu’il ne veut pas abdiquer. Dans un premier temps ennemi juré des publications féministes en ligne, la presse dans sa globalité veut sa tête. Le règne du roi hipster doit prendre fin au plus vite !

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Le cas Terry est le témoignage vivant du cautionnement et des largesses de l’industrie de la mode et de la musique face à des comportements inadmissibles. En grand comédien, Terry se raconte dans le New York Magazine. Dans cet entretien avec le journaliste Benjamin Wallace, Terry se livre sur sa vie, ses choix, internet et le sexe. Une histoire à faire pleurer dans les chaumières. Titré The Perverse Case of Terry Richardson, le journaliste prend soin de nous laisser le choix entre le qualificatif de prédateur et d’artiste. Une hypocrisie générique qui révoltait depuis lors c’est-à-dire en novembre 2013, la journaliste Hadley Freeman dans son papier titré Terry Richardson: fashion’s shameful secret. The Guardian pantois face à cette question stupide soulevait par le New York Magazine, continue sa lancée militante et envoie la journaliste Jamie Peck pour remettre les pendules à l’heure. Avec agacement, elle insiste avec force dans Take it from someone he abused: Terry Richardson is a predator with a camera sur le fait qu’aux yeux des victimes (et pas que…), les termes prédateur et artiste ne sont pas antinomiques. Rikers, Attica et toutes les prisons de haute sécurité de la galaxie regorgent d’artistes en tous genres se vantant de leurs plus belles oeuvres !

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Euh, pardon, il est vrai que tous ces ARTISTES carcéraux n’ont pas GQ, Vanity Fair, Rolling Stone ou Vice sur leurs CV, ni même la réalisation du clip Wreking Ball de Miley je me les caille jamais Cyrus, de XO de Beyoncé je suis une féministe super faux-cul quand ça me chante Carter ou encore du très controversé et abandonné clip de Lady y a rien à dire tellement elle est pitoyable Gaga en duo avec, tiens encore un autre prédateur à lunettes, R.Kelly. Sans oublier le grand Obama, le président le plus cool et le papa adoré des Américains et de tous les noirs de la planète, qui lui attribue une White House credibility en sachant que le mec a pour obligation de ne pas s’approcher à plus de 20 mètres de sa progéniture dans la fleur de l’âge, Malia et Sasha. Et les enfants des autres ? Comme on le dit souvent, les enfants des autres ont s’en balance !

Une schizophrénie morale qu’il manipule avec perversité dans une société bien trop occupée à déranger les cathos et les musulmans réfractaires à l’instrumentalisation du corps féminin. Le plus souvent, on oublie de penser aux victimes de cette mascarade médiatique et emblématique de cette culture du sexe. Des filles qui pensent qu’en se dénudant un peu, elles auront la chance de choper la couv’ de Vogue occultant le fait que Terry ne bosse plus avec Vogue depuis un bail et en croyant qu’apparaître à poil et plus si ambition est le prix de la notoriété. En décembre 2013, Amanda Hess nous prévenait déjà des méfaits de la bankabilité dans Pourquoi Beyoncé n’arrêtera pas de travailler avec des sales types comme Terry Richardson publié sur Slate.fr.

La définition de la bankabilité est époustouflante. Elle te lâche seulement quand tu ne génères plus de money money, pas quand tu violes, tu agresses, tu craches ou que tu insultes autrui. La bankabilité peut être une résultante du vrai business, elle peut se baser sur de réels fondements comme le travail, le talent ou le courage cependant le plus souvent elle trouve son origine dans des futilités comme la beauté physique, le vide voire le vide intersidéral. Je me rends compte avec peu d’étonnement que la bankabilité a plus de vertus diaboliques que bénéfiques. Un inversement des valeurs qui fait froid dans le dos. Elle parle un langage de permissibilité qui donne droit à des R.Kelly, des Terry et des Woody, le pouvoir de passer entre les mailles du filet avec en prime, une standing ovation.

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Tandis que Terry, Woody et Kelly continue à nier, soudoyer et briller, pour Dov, c’est une tout autre histoire, le Huffington Post nous apprend qu’American Apparel le fout à la porte. American Apparel, c’est un peu la marque qu’il a créée à coup de publicités dénudées et de filles à demi-défoncées. Après des millions de plaintes et de dérapages passibles d’emprisonnement, Dov Charney, le fondateur de la marque la plus simpliste du prêt-à-porter se fait jeter. Ce qu’on oublie de mettre en gras, en gros et en large, c’est que la compagnie ne faisait plus de FRIC et qu’il porte aussi de grosses lunettes (hum, bizarre !). Et ça, ce n’était plus acceptable (pour le manque de fric, pas pour les lunettes) !

Manda