4 avril 2016

blogueuse, française et noire, je me bats contre l’appropriation culturelle

Sur son blog « Black Beauty Bag », Fatou N’diaye dénonce la sous représentation de la beauté noire et condamne les méfaits de l’appropriation culturelle dans la mode et les médias. La polémique des « Boxer Braids », elle en fait son affaire personnelle. Entretien sans filtre avec celle qui compte bien faire trembler la toile et défendre la beauté afro dans l’hexagone.

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Le rendez-vous est pris dans un café de la capitale, au Holybelly, dans le Xème arrondissement de Paris. Sans trop tarder, nous rentrons dans le vif du sujet. Surnommées « KK Signature Braids » par la star américaine de la télé-réalité, Kim Kardashian, un tutorial payant pour réaliser ses « jolies tresses à la maison » est désormais disponible sur son application. Face à cette récupération grossière, ses yeux ne font qu’un tour. La blogueuse s’insurge : « Ce n’est pas un hommage mais un manque de respect ! » Depuis 2007, sa plateforme, Black Beauty Bag, se présente comme une alternative nécessaire pour pallier l’absence de visibilité. Fatou y répertorie les nombreux dérapages commis à l’encontre de sa personne et par extension, de ses lectrices.

C’est tout naturellement que sa tribune 2.0 réunit plus d’un millier d’abonnées autour du thème de l’estime de soi. « À travers mon regard, beaucoup de femmes noires se reconnaissent parce que je suis noire, j’ai un prénom à consonance africaine, je suis africaine et pas Américaine » explique Fatou. Dans ce brouhaha immaculé, elle n’hésite pas à documenter ses routines capillaires et ses escapades au salon de sa coiffeuse de prédilection, Daba, au coeur du quartier africain de Paris, Château Rouge. »En tant qu’afro, on va dire que je fais peut-être du militantisme. Ça ne me dérange pas, c’est important parce qu’on casse les clichés et on apporte à notre manière une vérité« .

Animée par ce désir de « vulgariser la beauté noire » afin qu’elle soit « normale », la conversation tourne rapidement autour de cette urgence à éduquer les médias mainstream sur les méfaits de l’appropriation culturelle. « Les magazines féminins ont du mal à dire que cela vient d’Afrique et à mettre des mannequins noirs pour illustrer ces modes-là. Quand ce sont des personnes blanches qui adoptent cette tendance, on ne dit pas d’où elles proviennent. Kim Kardashian a tout à fait le droit de faire cette coiffure mais qu’on nous explique que oui, elle a adopté une coiffure africaine !« 

Sur son compte Instagram, les commentaires d’indignation des abonnés pleuvent. La controverse autour de l’article « Black Fashion Power » du Elle France, publié en 2012, est apparue comme le point de départ d’une nouvelle forme de revendication. Pour la première fois, le web a permis de faire remonter la colère de cette autre France, celle dont on parle peu. « À l’époque s’il n’y avait pas eu Internet, on aurait assumé que les nattes avaient été inventées par Kim Kardashian. C’est normal que les gens dénoncent parce que, pour moi, dénoncer, ce n’est pas se plaindre mais plutôt s’affirmer. C’est dire qu’on existe et d’arrêter de dire des bêtises.« 

Les avis divergent. D’un côté, un engouement sans précédent autour de cette nouvelle mode et de l’autre côté, un ras-le-bol de plus sur l’usurpation d’une coiffure aux racines indéniablement africaines. Reprise par les magazines féminins, adoptée dans les défilés de la Fashion Week, la provenance de ce phénomène capillaire est généralement passée sous silence. Est-ce un malentendu de plus ? Et pourquoi est-ce aussi difficile de mentionner ses origines ? Les « Boxer Braids » est un cas d’appropriation culturelle par excellence. Un parmi tant d’autres.

Peu importe comment on les appelle aujourd’hui, ce dont je suis certaine, c’est que cette coiffure existait bien avant le KK style, les Boxer Braids ou encore les Dutch Braids. « Il y a plusieurs noms, cela dépend de l’ethnie. Au Sénégal, on va les appeler tresses inversées, nattes collées, nattes couchées et pour les Américaines, les cornrows. Dutch, c’est hollandais, ce ne sont pas les hollandais qui ont inventé ça (rires), ironise la blogueuse d’origine sénégalo-nigériane, on trouve des noms fun qui ne vont pas faire trop africains ou trop noirs. Appelons un chat, un chat » insiste Fatou. Embrasée par les célébrités afro-américaines telles que Ciara, Jada Pinkett Smith ou même Beyoncé, le concept plaît moins.

Tout au long de ma vie, j’ai observé les femmes de mon entourage s’adonner au rituel du tressage sans vraiment me poser de questions. Aucune publication n’a pourtant jamais fait mention de ma grand-mère, de ma mère ou de mes soeurs. En grandissant, je croyais que la norme consistait à avoir les cheveux lisses, dans le vent, même si cela allait à l’encontre de leur propre nature. Face à cette différence de traitement entre la beauté noire dite « ghetto » par rapport à la beauté blanche, dite « mainstream », j’ai fermement cru en ce mythe. Pourquoi mon héritage esthétique est-il sujet à tant de « mépris » de la part des médias ?

« À l’époque de nos parents, ils pouvaient se permettre ces choses-là. Ils étaient arrivés en France dans une autre démarche. Pour eux, c’était travailler, pouvoir envoyer de l’argent au pays mais pour nous, c’est différent, on est français, on veut être épanoui et créer des choses. On ne se laisse pas faire. Les choses que nos parents auraient laissé passer parce qu’ils n’étaient pas là pour cela, nous, on dit non ! » Néanmoins, les choses évoluent, doucement. Prendre position devient un acte constitutif de l’identité française noire.

« Dans les rédactions, il n’y a pas de mixité. Ce sont toujours des petites blondes qui viennent du XVIème, du VIIIème et elles vont écrire sur le ton de l’humour en pensant que c’est marrant mais non. C’est toujours les mêmes personnes qui parlent d’un quotidien qu’elles ne connaissent pas avec un côté péjoratif, marginalisé et toujours cliché. » Pour nombreuses de femmes issues de la génération Y, embrasser sa négritude n’a jamais été aussi important. De plus en plus de voix se lèvent, dont celle de Fatou, pour faire valoir notre patrimoine esthétique à sa juste valeur.

Paru sur i-D

Manda
11 mars 2016

Iris Apfel, un drôle d’oiseau

A 94 ans, la magnifique Iris Apfel est en haut de l’affiche dans le documentaire d’Albert Maysles sobrement intitulée « Iris » prévu pour avril 2016. Au fond, son business n’est autre que celui d’être elle-même et moi, j’adhère. Celle qui a fait de son style personnel une marque de fabrique, cumule les projets autour de son excentricité contagieuse. Chineuse hors pair, collectionneuse et styliste d’intérieur, Iris Apfel habille les intérieurs des plus grands de ce monde. Déjantée et stylée, Iris mourra debout ou sinon rien !

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Invitée du Bon Marché Rive Gauche pour la présentation de 10 tenues issues de sa collection particulière, Iris est toujours en représentation et impossible de ne pas la remarquer. Dans la nouvelle publicité de la marque automobile DS du groupe PSA, elle nous distille des conseils pour vivre en harmonie avec soi-même. Alors que d’autres croupissent dans des maisons de retraite insalubres en attendant la mort, Iris fait de son âge avancé, un label de qualité.

Dans une société où que dès que tu prends une ride, on se sent vite déclasser. L’aura d’Iris ainsi que sa douceur agissent comme un PROZAC. Elle éclipse en un claquement de doigt les petites jeunettes de la scène modesque avec brio. La présence de cette nonagénaire de prestige nous réconcilie avec la vieillesse. Elle prouve que les femmes sont comme le vin, elles ont plus de caractère, de légèreté et de classe en vieillissant.

 » Je n’ai aucune règle. Elles ne sont qu’une perte de temps. Je ne suis jamais les tendances. Pas de tendances, pas de règles. Un jour quelqu’un m’a dit :  » Tu n’es pas belle et tu ne le seras jamais mais ce n’est pas grave, tu as quelque chose de mieux. Tu as du style « . Publicité pour la marque DS3

Son allure me fascine. En la regardant, je pense à ma grand-mère maternelle que je n’ai pas connue. Si elle avait survécu ma grand-mère aurait eu son âge. Je l’imagine trainer avec moi dans les magasins de tissus, lui raconter mes secrets et rire de tout et de rien. Ma grand-mère était un cas et je suis triste de ne pas avoir pu faire sa connaissance. Iris fait office de grand-mère funky même si elle a fait le choix de ne pas avoir d’enfant afin d’exprimer sa créativité, voyager et vivre la vie telle qu’elle l’entend.

Je ne le ferai pas bien entendu mais à son époque, je suis persuadée qu’elle n’était pas le genre de femmes à suivre. Elle ne collait pas aux standards de l’époque et encore moins à ceux de nos jours. Je suis heureuse de voir une nonagénaire faire sensation, cela me prouve encore une fois que la classe est quelque chose qui n’a pas d’âge. En la regardant se mouvoir comme un paon, j’aimerais vieillir de cette façon avec sagesse et humour. Iris, nous apprend à profiter de chaque seconde de notre courte vie.

Manda
27 février 2016

Quand Chimamanda Adichie m’a réconcilié avec le féminisme…

Chimamanda Adichie était l’une des invités des débats du Monde Afrique. J’ai donc fait sa rencontre personnelle, parmi plus d’un millier de nappys complètement survoltées faut le dire, le 23 février 2016. Assise dans les rangs, j’ai compris que ce n’était pas une auteure comme les autres et j’ai même pensé que c’était le genre d’auteure que je voudrais (peut-être) un jour devenir. C’est marrant, nan ? Son aura, sa façon d’esquiver les questions posées dans un anglais un peu louche de la journaliste du Monde, Sylvie Kaufmann, et sa prestance désinvolte m’ont séduit. Tout y est passé : Beyoncé, Nicky Minaj, Donald Trump et bien sûr, aucun mot sur la situation raciale en France, tout aussi dramatique. Parfois, je me demande si le journalisme français n’est un peu foutu. Ca, c’est une autre histoire !

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J’ai toujours dit que j’avais du mal avec le féminisme, celui un peu pop, poilu et déculotté. Et surtout, je pèse mes mots en avouant mon intérêt soudain pour Chimamanda Adichie. En gros, tous ceux qui m’en parlaient me taper sur le système. J’ai horreur d’être face à une groupie, afro-nappy limite Black Panther pratiquant le panafricanisme et l’animisme à outrance, paraphraser à chaque phrase l’auteure entre deux respirations. La majorité des gens n’ont plus de recul. Ce n’est pas parce que Beyoncé a samplé son discours à TED, Nous devrions tous être féministes, pour son titre Flawless que je dois forcément adhérer. Justement, c’est peut-être pour cette raison que je n’ai pas adhéré dès le départ. J’ai horreur des gourous, nan pire, les adeptes. Ils te sautent à la gorge dès que tu postes un commentaire objectif sur leur idole. Ils ont des noms bizarres : Beliebers, Bey Hive, Sheerios ou encore Swifties. C’est eux, les vrais barjots.

Oui, Chimamanda me saoulait, sans l’avoir vraiment écouté en réalité, parce qu’elle était devenue populaire. Le féminisme est devenu un sujet tellement biaisé que sa signification me paraissait floue. La pop culture met en avant des conceptions reprises en boucle par les magazines et tente de rendre intelligents des gens qui n’ont rien à nous enseigner sur le sujet. Il me faut beaucoup de temps pour être impressionné par quelqu’un ou quelque chose. Lauryn Hill l’a fait en un album, The Miseducation of Lauryn Hill. Un chef-d’oeuvre. Je constate bien souvent que c’est de la poudre aux yeux, des paillettes pour masquer des fondements bancals. C’est pour dire, à quel point je suis compliquée. Et pourtant, c’est avec la simplicité de ses propos qu’elle m’a eu, genre : « own yourself »,  » on n’a pas besoin de devenir un homme pour être l’égal de l’homme « , « le féminisme, c’est quelque chose de joyeux, ça parle de justice » ou « le pouvoir des femmes doit être ordinaire ».

En fait, elle m’a eu avec des phrases plutôt bateaux et pour la première fois de ma vie, je les ai même twetté. Son féminisme pratique a parlé directement à mon africanité, à ma double culture, à ma foi, à ma carrière et à ma condition de femme tout court. En tant qu’Africaine, Chimamanda a mis les mots sur des situations, voire discriminations commises dans nos familles. Pourquoi aurais-je moins de droits que mes frères ? Pourquoi dois-je leur faire à manger quand il regarde le Barça perdre contre le Real ou le contraire, peu importe ? Ces petites angoisses de jeune fille congolaise née en France m’ont beaucoup pesé. J’avoue avoir eu une peur bleue de me retrouver seule en cuisine, voire même de servir des tontons (un peu pervers) parce que je ne voulais pas mal faire.

A 29 ans, je suis complètement guérie et au contrôle. Hey, j’assume mes lasagnes, mes tartes et mes pâtisseries et celui qui veut bouffer africain n’a qu’à se commander à manger à Matongé. Non, pas parce que je ne savais pas cuisiner (à l’époque, pas vraiment !) mais surtout parce que j’avais la crainte d’être évaluée. J’ai été élevée avec l’image de la Super Woman, un concept très prégnant dans ma communauté. J’ai appris que ce n’était qu’un fantasme. Mes soi-disantes Super Women étaient soit chômeuses ou elles avaient un amant. Et pourtant même si les temps ont changé, je l’entends encore aujourd’hui dans la bouche de mon père, ce concept de la femme-servante. En plus d’être en retard, je crois qu’il n’a pas compris grand-chose. En vérité parce que nos mères n’osent pas vraiment le dire mais j’ai toujours vu les femmes tout faire.

C’est le malheur africain, en tout cas congolais. Les gars parlent trop mais pour assumer, c’est autre chose. Servir la femme n’est pas un signe de faiblesse, au contraire. Je crois que les hommes ont plus intérêt à être féministe. Oh mon Dieu, je ne crois même pas à ce que je viens d’écrire. Oui, les hommes devraient être féministe pour la simple et bonne raison que le changement ne s’opère pas dans le déséquilibre. « …celui qui est le plus abruti est l’homme qui croit que servir la femme un jour le pourri », cette citation tirée du single d’A demi-nue du Saïan Supa Crew est juste. En fait, je ne sais pas trop, je crois avoir entendu ça, mais ça se trouve, je me suis trompée. Les mecs font des sons incompréhensibles parfois. Effectivement, nous devrions être tous féministes !

Manda
26 février 2016

Instagram, nouveau vivier de créativité inavoué ?

Gucci aurait pompé sur une jeune créatrice américaine du nom de Sonique Saturday. Basée à Atlanta, la jeune femme est au centre de cette controverse. Certains attribuent l’idée originale à la designer américaine et d’autres au fameux et célèbre Trevor  » Trouble » Andrew alias Gucci Ghost, l’artiste de Brooklyn en freelance chez la griffe italienne. La bataille ayant lieu sur Instagram, les followers s’interrogent sur la paternité de ce soudain revirement hip hop du label de luxe. Est-ce qu’Instagram est devenu le nouveau vivier de créativité inavoué ?

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Il suffit d’aller sur le compte de Sonique pour comprendre qu’il y a de quoi pomper. A plus 28 000 abonnés, la styliste en herbe peut se targuer d’avoir une réelle communauté prête à ne pas se laisser faire même face à un mastodonte comme Gucci. Crinière afro, regard franc et pose de femme fatale, la meuf a (vraiment !) de la personnalité. En taguant ses sacs à main de marques (ou pas) de « Fake Hermès », « Fake like this Birkin », « Fake like Chanel », « You use to buy me real Hermès », Sonique remet au centre son individualité artistique et nous invite, ainsi, à questionner la part de vrai et de faux dans notre quête de produits de luxe.

Beaucoup de designers ont tenté l’immersion urbaine, au moins une fois, dans leurs collections. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Taguer ses états d’âmes sur un objet qui vaut la blinde ? Je ne me fais pas assez confiance, en tout cas, pas au risque de ruiner un Birkin d’Hermès à plus de 10 000 euros. A part peut-être avec un sac acheté à la sauvette à Château Rouge, ouais, pourquoi pas !

Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Alexander McQueen », le recours clic semble être inévitable. Plus la peine de bouger ses fesses, de payer un chasseur de têtes ou de se pavaner dans les marchés aux puces, le marché se fait désormais sur son smartphone. Les réseaux sociaux, et plus précisément Instagram, sont devenus le baromètre par excellence de la coolitude. Le nombre de followers détermine la présence de tel ou tel mannequin sur un défilé, un contrat avec une marque parfum ou de cosmétique et d’une couverture.

Jalouse ne se prend plus la tête. La rédactrice en chef avoue sans sourciller y piocher ses têtes d’affiche. Diane Furstenberg, la reine de la robe portefeuille psychédélique de 69 ans, a elle aussi succombé à l’appel du combo magique : la télé-réalité, brand ambassador et hastag. Diffusée sur E! à partir de novembre 2014, House of DVF permet de fédérer autour du label une nouvelle clientèle en phase avec la technologie de partage. Une stratégie engagée ayant pour but de rajeunir l’image un peu sixties et de s’installer clairement sur la toile. Et avec Diane, ce n’est pas du jeu, contrairement à d’autres productions, les filles, elles bossent.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous postons déjà inconsciemment. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat les gens de la rue. C’est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. Allier pop culture, musique, télé-réalité et copinage à outrance, c’est le truc d’Olivier Rousteing et de Riccardo Tisci.

Il suffit que Beyoncé balance « I’m so reckless when I rock my Givenchy dress/Je suis désinvolte quand je me déhanche dans ma robe Givenchy » ou que Kanye West habille sa famille en Balmain bouffé par les mites de Calabasas pour son défilé-concert-fresque inspiré du génocide rwandais pour que leur fanbase s’affole (pour de vrai !). Un engouement qui me dépasse terriblement. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie et pas que.

En larmes, le pauvre consommateur s’extasie avec innocence devant des pièces à des prix éclatant leur Codevi (je ne sais même plus si ça existe, en fait). On pourrait remplacer Codevi par bourse ou RSA, ça marche aussi ! Etant une matérialiste de haute voltige et une descendante de sapologue, j’admets tout de même ne pas saisir le concept. Je ne suis pas prête à sacrifier mon bien-être quotidien pour un sac avec des initiales. Franchement, certaines enseignes ne prennent même plus la peine d’écrire leur griffe en entier, pitié !

Oui, Gucci s’est inspiré. Le mot inspirer est certes bien plus élégant que les mots copier ou pomper. Si ce n’est pas complètement alors partiellement, mais un peu toute de même. Et ce n’est pas mauvais en soi. Les réseaux sociaux nous donnent un point de vue différent sur l’art et la politique de partage. Le monde n’aurait sûrement jamais connu les nounours en wax de Myriam Maxo ou encore les créations atypiques de Loza Maléombho, qui méritent pleinement sa demi-seconde de gloire dans le clip engagé et enragé de Beyoncé, Formation.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est bien mais dans ce monde ou tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Le risque d’ appropriation est certain et n’est pas une pratique exclusive à l’industrie de la mode. Gucci pompe, Beyoncé pompe (faut l’avouer, elle pompe aussi pas mal !), tout le monde pompe. L’avouer serait admettre notre incapacité à ne pas être au top de manière constante. Les choses faîtes avec amour prennent, généralement, du temps. Je dis mais c’est vrai !

Manda